1. - CONTES ET LEGENDES DE TURQUIE

Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /2008 16:40

Un pauvre homme et sa femme n'avaient rien à manger ni à boire, mais ils possédaient un chat et se privaient de tout pour lui. Or, le chat, mécontent, trouvait qu'il manquait de tout. Ce qu'il désirait, c'était de la viande et, bien sûr, on ne pouvait lui en donner. Aussi devenait-il de plus en plus maigre et bientôt il n'eut plus que la peau sur les os. Il était près de mourir.

 

Un jour qu'il était étendu au soleil devant la maison, il vit juste en face, sur le mur du grand palais, se promener des chats gras et ronds comme des œufs. Le pauvre chat les enviait et désirait de tout son cœur être des leurs :

 

- Ah, si j'étais là-haut. Si seulement on me donnait à manger ce que j'aime et non pas ce que je déteste. Ah, si je pouvais grimper sur ce mur et entrer dans le palais.

 

Or, un jour, l'occasion s'en présenta. Le chat sauta sur le mur et entre dans le palais. Seulement, cela n'allant pas sans bruit, les gardes et les soldats accoururent immédiatement. Effrayé, le chat se précipita de-ci de-là, ne sachant où s'enfuir ni où se réfugier. Comme il regrettait son aventure. Il grimpa sur un arbre, mais, vite entouré de tous ces hommes menaçants, il pleura misérablement :

 

- Si seulement je pouvais me tirer de ce mauvais pas. Un coin dans la cabane de mes vieux maîtres serait le paradis.



Par sylvie84 - Publié dans : 1. - CONTES ET LEGENDES DE TURQUIE
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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /2008 16:29

Pendant mon sommeil je fis un drôle de rêve…

 

…Un jour un vent de querelle souffla dans la jungle. Les éléphants barrissaient, els serpents filaient comme des flèches dans les fourrés, les tigres sortaient leurs griffes et leurs yeux luisaient comme des éclairs, les ours poussaient de sourds grognements, les chacals aboyaient sans trêve. Les loups sortirent aussi de leurs cavernes en immenses troupeaux et prirent part aux batailles. Les aigles centenaires déchiraient les oiseaux dans le ciel et il pleuvait des débris d’ailes et de sang. Dans toute la jungle, il ne restait ni source pure ni tanière inviolée, ni buisson intact, ni arbre géant dont les racines n’eussent été déterrées, les branches fracassées les feuilles flétries.

 

Après quarante longs jours et quarante nuits de combats, l’éléphant roi de la forêt, sonna la trompette de la paix. Tous les animaux se réunirent près d’une fontaine. Ce n’tait qu’éléphants boiteux, aux défenses brisées, que lions et tigres au griffes arrachées, en piteux état, qu’ours balafrés et la mine défaite, que serpents à la peau déchiquetée et couverts de bave. La guerre avait été terrible. L’éléphant fit un grand discours et proclama que le monde des animaux devait enfin connaître la paix. Chaque espèce vivrait désormais dans la tranquillité au milieu d’une zone qui lui serait réservée…

 

La paix proclamée, les herbivores retrouvèrent vite leur nourriture accoutumée mais les grands carnivores s’adaptèrent plus difficilement ; Ce n’tait pas que le régime de fruits et de pousses d’arbres fût malsain, mais une irrésistible envie de chasse et de carnage les saisissait souvent à la vue de ces troupes de petits animaux qui les accompagnaient. Enfin ils se réunirent et décidèrent qu’un tel système de paix absolue ne pouvait durer. Il fallait au moins une espèce sacrifiée, qu’on pourrait chasser impunément et qui vouée à la poursuite et à l’extermination. Tous poussèrent un seul cri :

 

- Les loups, les loups !

 

Dans toute la jungle notre race fut proscrite, hurla mon compagnon, et le peuple de la jungle envahit le pays des loups… Quittant cette jungle maudite, la race des loups se réfugia dans les montagnes où elle prêta serment de vengeance, en de longs hurlements.

 

Quand j’ouvris les yeux, les premières lueurs de l’aurore apparaissaient sur la mer et chassaient la clarté jaunâtre de la lune. Mon cœur était froid et vide. Il me sembla que ce conte vivait en moi depuis de nombreuses années. C’est assez naturel, car les histoires de loup sont de longues histoires…

 

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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /2008 16:24

Deux Sultans discutaient pour savoir lequel, de la politesse ou de la blesse était le plus important. Le premier, tenant pour la politesse, insista finalement pour que le deuxième vienne le lendemain chez lui pour lui faire la démonstration de la justesse de son point de vue.

Le lendemain, le deuxième Sultan alla au rendez-vous, et le premier Sultan l'accueillit avec un délicieux repas. A la fin du repas, l'hôte frappa dans ses mains et un chat apparut, apportant les cafés sur un plateau qu'il tenait dans ses pattes avant.

- Alors, dit le premier Sultan, vois-tu comment la politesse est importante puisque j'ai réussi à l'apprendre à ce chat et à transformer ainsi ses capacités?

- Bien, répondit le deuxième, mais laisse-moi un jour et refaisons l'expérience demain.

Le lendemain, le deuxième Sultan revint et à la fin du repas le chat réapparut avec les cafés entre ses pattes. Le deuxième Sultan sortit alors une souris de sa poche et la lança vers le chat. Celui-ci lâcha le plateau pour poursuivre la souris, cassant les tasses et renversant les cafés par terre.

- Sans la noblesse, dit le Sultan, la politesse n'est rien.

C'est dans une réunion de famille, où trois générations se côtoyaient, que nous avons entendu cette histoire, racontée par la tante de notre amie Irep chez qui nous logions. Sabahat a presque 90 ans, une mémoire étonnante et des petits yeux malins qui ont vu l'Histoire se faire en Turquie. Elle a rencontré Mustapha Kemal dans sa jeunesse, faisant partie des premières femmes à entrer à l'université, droit instauré par Atatürk.


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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /2008 16:17

Le vizir et gendre de Soliman le Magnifique, Ahmed Pacha, était un homme très avare. Un jour il appelle Indjili :

- Indjili, dit-il, peux-tu me trouver un beau lévrier ?

- Ordonnez !…

Le vizir ajoute :

- Et rapide, et aussi beau…

- À vos ordres. Je vous l’amène dans dix minutes au plus.

Il sort, attrape le premier chien de haute taille rencontré dans la rue et l’amène devant le vizir.

- Et voilà, juste comme vous le souhaitiez…

- Je ne t’ai pas demandé un chien des rues, je t’ai demandé un lévrier, avec des jambes maigres et un ventre plat, comme c’est de règle !

Indjili, avec un regard lourd de sous-entendu :

- Oui je sais… Ne vous inquiétez pas : que ce chien reste dix jours dans votre palais et il deviendra encore plus lévrier que vous ne le souhaiteriez !…



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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /2008 14:05

Il était une fois une vieille femme qui avait un fils nommé Sarkis. Celui-ci voulait se marier mais il n’avait pas d’argent. Il va à l’étranger pour travailler et gagner de l’argent pour se loger et pouvoir se marier. Il laisse sa mère à la maison.

Un jour qu’il allait au marché, il voit un homme qui portait un coffre sur l’épaule et qui criait :

- " Coffre à vendre, un coffre ! celui qui l’achètera ne le regrettera pas, le vendeur non plus ! "

Sarkis achète le coffre, il l’expédie à sa mère, avec un mot : " Garde ce coffre, quand je reviendrai me marier ce sera ma corbeille de mariage. " La vieille femme reçoit le coffre, le met dans un coin, puis va à l’église.

A son retour, quelle surprise ! La maison est balayée, le poêle est allumé, le repas en train de cuire, la table mise, les hors-d’œuvre servis. Elle est stupéfaite.

- " Mon Dieu, dit-elle, qui a fait toutes ces choses ? "

Ce miracle se renouvelle plusieurs fois. Alors la vieille femme se cache derrière une porte. Elle voit le coffre s’ouvrir, une merveilleuse fille en sortir, balayer la pièce, allumer le poêle, préparer le repas, apporter le pain, mettre la table, disposer les plats, puis retourner dans le coffre et s’apprêter à rabattre le couvercle. Aussitôt, la mère se précipite, l’attrape par le bras et lui dit :

- " Qui es-tu, ma fille ? "

- " Ne pose pas de questions, mémé, dit la fille, ton fils m’a expédiée ici, nous allons vivre ensemble toutes les deux, quand ton fils reviendra, on verra ce qui se passera. "

Elles vivent ensemble pendant quelque temps. Un jour, la fille dit :

- «  Mémé, y’en a marre de vivre dans la fumée et la suie de cette masure. Va à la ville commander de la pierre et du bois, et tout ce qu’il faut pour construire une maison. Appelle un charpentier et un maçon, embauche des ouvriers, fais-nous construire une belle maison pour quand ton fils reviendra. Moi je paie, toi tu surveilles les travaux ! »

Peu après, la vieille femme fait construire dans la ville un joli manoir tel qu’il n’y en avait nulle part de semblable. Non loin de là vivait un gentilhomme extrêmement riche.

- " Mon Dieu, dit le gentilhomme, comment cette pauvre vieille a-t-elle pu faire construire un tel manoir, d’où son fils a-t-il pu lui envoyer tant d’argent ? "

Un jour, il entre chez la vieille et que voit-il ? Une merveilleuse jeune fille, à en perdre le boire et le manger. Il tombe amoureux de cette beauté. Il envoie des messagers pour demander sa main. La fille refuse. Le gentilhomme rudoie la vieille femme, il l’oblige à écrire une lettre à son fils :

- " Fils, quel malheur que cette fille du coffre, c’est une dévergondée, elle reçoit des hommes tous les jours. Je me fiche de sa beauté. Je préférerais qu’elle soit borgne mais honnête. ! "

Quand le fils reçoit cette lettre, il s’élance chez sa mère, il arrive à l’aube, il entre dans la chambre de la fille, il la bat comme plâtre, il l’emmène et la jette dans un torrent.

Il rentre. Un doute le saisit :

- " Mon Dieu, j’ai jeté cette fille à l’eau sans même l’avoir interrogée, je vais aller voir ce qu’elle est devenue, est-elle morte ou vivante ? "

Il retourne là-bas, il ne voit ni fille ni rien. Le cœur brûlant, il va de ville en ville ; aucune nouvelle de la fille.

Après que Sarkis eût jeté la fille dans le torrent, un médecin qui passait avait entendu des gémissements, il avait vu la fille blessée, incapable de se relever ; il avait été pris de pitié, il l’avait emmenée chez lui, il l’avait soignée, il l’avait guérie. Un jour, le médecin dit :

- « Jeune fille, je t’ai guérie. Ne veux-tu pas m’épouser ? »

- « Si je n’épouse pas celui qui m’a guérie, qui épouserais-je ? Allez, loue un phaéton, montons dedans, promenons-nous dans la ville puis rentrons à la maison ; je serai à toi et tu seras à moi. »

Le médecin et la fille montent dans le phaéton, ils font le tour de la ville. La fille dit :

- « J’ai envie de gâteau. Va en chercher un peu, nous le mangerons ensemble. »

Le temps d’aller chercher le gâteau, la fille avait disparu. Le médecin la cherche partout, il ne la trouve nulle part. Le cœur brisé, il va de ville en ville, de pays en pays, aucune nouvelle de la fille.

Celle-ci s’était sauvée. Elle prend un petit chemin, suit une allée, rencontre un cavalier très élégant. Dès qu’il la voit, il en est fou, il descend de cheval, attrape la fille et dit :

- « Ne veux-tu pas me prendre pour époux ? »

- « Pourquoi pas ? dit-elle. Où pourrais-je trouver un homme meilleur que toi ? »

- « Eh bien, si tu es chrétienne, je vais faire venir un curé ; si tu es turque, j’appelle un mollah, qu’il nous unisse. »

La fille dit :

- « Ni curé, ni mollah, notre coutume est la suivante : nous échangeons nos habits, je m’assois, tu tournes sept fois autour de moi, puis tu t’assois, je tourne sept fois autour de toi, notre dot sera partagée, je serai à toi et tu seras à moi. »

Ils échangent leurs habits, la fille s’assoit, le cavalier tourne autour d’elle ; puis le cavalier s’assoit, la fille tourne autour de lui… soudain, quelle fille, elle s’élance comme un moustique sur le cheval, et hue ! elle se sauve dans la forêt. La cœur brisé, le cavalier va à sa recherche, de ville en ville, de pays en pays, mais nul ne lui donne de ses nouvelles.

La fille conduit son cheval jusqu’à la ville du roi, elle descend chez une vieille femme, celle-ci n’avait pas de progéniture, elle devient son enfant. Elles vivent ensemble pendant un certain temps. Le roi de cette ville meurt. La coutume voulait qu’on lance un pigeon augural, l’homme sur la tête duquel il se posait devenait roi. On lâche le pigeon, il se pose sur le toit de la vieille, les hommes entrent, ils voient un élégant jeune homme assis dans la maison ; dès qu’il le font sortir, le pigeon se pose sur sa tête, ils l’emmènent et le consacrent roi.

La première chose que fit le nouveau roi fut de faire édifier une fontaine monumentale avec sept robinets, et son portrait suspendu à la voûte. Un garde est chargé de la surveillance, avec ordre d’arrêter et de mettre en prison tous ceux qui, en voyant le portrait, poussent un grand soupir : ah !

Un jour vient Sarkis, le fils de la vieille femme. Un autre jour, le médecin, et un autre, le cavalier, puis un autre jour le gentilhomme. Chacun, en buvant l’eau, pousse un grand soupir :ah !

Tous sont jetés en prison. Le roi appelle ses vizirs, les notables, il réunit le Conseil.

Il fait venir le fils de la vieille femme et le médecin, pour qu’ils racontent ce qui leur est arrivé.

Le cavalier s’avance :

- « Longue vie au roi, dit-il, j’ai rencontré dans la forêt une jeune fille, non pas une fille mais une sylphide, une créature de feu. A sa vue, j’ai perdu la tête, je suis descendu de cheval, je l’ai saluée, elle m’a salué. Je lui ai dit : Jeune fille ne veux tu pas m’épouser ?, elle a dit : Mais si, pourquoi pas ?. Elle m’a trompé, elle a mis mes habits et m’a fait mettre les siens, j’ai tourné sept fois autour d’elle, elle devait aussi tourner autour de moi, mais tout-à-coup elle s’est envolée sur mon cheval, comme un moustique, elle a disparu de ma vue. J’ai eu de la peine de l’avoir perdue, et dix fois plus de peine d’avoir perdu mon cheval et d’être transformé en femme, moi qui suis un homme, qui porte la barbe et la moustache, moi, porter une robe ! Depuis ce jour, mon cœur brûle, et quand j’ai vu le portrait de cette fille à la fontaine, j’ai poussé un profond soupir :ah ! »

Le gentilhomme vient et dit :

- « A côté de chez moi, dans la maison d’une vieille dame, j’ai vu une fille qui m’a tapé dans l’œil, mais j’ai eu beau faire, malgré l’étalage de toutes mes richesses, elle n’a pas voulu de moi, il n’y a eu rien à faire. Alors, par dépit, j’ai fait écrire à la vieille une lettre à son fils lui disant que la fille était une dévergondée. Le fils est venu, il l’a battue et l’a jetée dans la torrent. Depuis ce jour, le feu de la fille me brûle le cœur, c’est pourquoi lorsque j’ai vu son portrait j’ai poussé un soupir :ah !. »

Le roi dit :

- « Vizirs et vous tous, vous avez entendu ? »

- « Longue vie au roi ! nous avons entendu ! »

- « Appelez le bourreau. »

Le bourreau entre :

- « Emmène ce gentilhomme, dit le roi, coupe-lui la tête et montre-là au peuple. »

Puis entre le médecin, qui raconte son histoire :

- « Docteur, dit le roi, dis-moi le total de toutes tes dépenses pour cette fille, je multiplie cette somme par deux et te renvoie à tes affaires. »

Le roi dit ensuite au cavalier :

- « Dis-moi le prix de tes habits et de ton cheval, je double le total et te renvoie à tes affaires. »

Le roi se tourne vers les vizirs et vers l’assemblée :

- « Messieurs, dit-il, ne serait-il pas juste que nous fassions venir cette fille et que nous écoutions ce qu’elle a à nous dire ? "

- « Longue vie au roi, ce serait juste ! "

Le roi se lève et dit : " Eh bien, cette fille, c’est moi ! »

Elle découvre sa poitrine : " Voyez ! suis-je un garçon ou une fille ?

L’assemblée est frappée de stupeur. Le roi appelle Sarkis et dit :

- « Ta mère t’a trompé. Tu es venu sans faire d’enquête, sans interroger qui que ce soit, tu m’as battue, tu m’sa jetée à demi-morte dans le torrent, ensuite tu as eu du remords, mais à quoi bon, ce qui est fait est fait. Ecoute maintenant mon conseil : »

Ne fais rien avant d’être sûr que ce qu’on te dit est vrai.

Elle se tourne vers les vizirs et dit :

- « Sarkis est mon mari et je suis sa femme. Si vous voulez que Sarkis soit votre roi, je resterai dans votre ville. Si vous ne voulez pas, nous retournerons chez nous . »

Tout le monde se lève et s’écrie :

- « Sarkis notre roi et toi notre reine, gouvernez notre pays ! »


Trois pommes sont tombées du ciel…

 



Par sylvie84 - Publié dans : 1. - CONTES ET LEGENDES DE TURQUIE
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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /2008 13:58

Bineger était un jeune prince plein de bravoure et de beauté, mais que possédait par-dessus toute la passion de la chasse. Dès sa plus tendre enfance il avait parcouru les montagnes, pourchassant les cerfs et les daims jusque dans les ravins les plus reculés. Or, un jour, son frère aîné Omar tomba gravement malade. Il lui fallait pour guérir, disait le médecin, le lait d’une biche blanche.

 

Bineger se mit en chasse et trouva bientôt les traces d’une biche, boiteuse sans doute, car trois de ses pieds seulement s’inscrivaient sur le sol. Il les suivit et aperçut rapidement la bête. Elle était blanche comme la neige, mais comme elle s’enfuyait, sa démarche était lente et sa course hésitante dans les rocailles. Bineger gagnait sans cesse sur elle, monté qu’il était sur son bon cheval gris et suivi de son chien fidèle. Vers le soir la biche, près d’être forcée, se retourna vers le chasseur et son visage semblait celui d’une jeune fille. Et elle parla :

 

- Que veux-tu de moi, ô Bineger ? Le lait que tu cherches pour ton frère, je ne peux te le donner. Je n’ai pas de faon. Je suis la fille, boiteuse et difforme, du Dieu-Cerf Apsati. Laisse-moi et retourne sur tes pas.

Mais Bineger, emporté par l’ardeur de la chasse, se précipita sur la bête et celle-ci dut fuir… Haletante au flanc d’un rocher, elle tourna de nouveau vers bineger son visage d’enfant, baigné de larmes et parla encore :


- Laisse-moi, Bineger, et va-t-en. Depuis ta jeunesse tu traques sans cesse notre race. N’as-tu pas assez versé notre sang ? Si tu ne me laisses pas en paix, je te maudirai de toute ma puissance magique.

Mais Bineger, poussant un cri de victoire, et la tua ; le ciel tout à coup, le bruit du tonnerre retentit dans la vallée et, dans la nuit soudain épaisse, Bineger entendit une voix qui disait :


- Que les abîmes se creusent derrière toi, Bineger, si haute qu’un oiseau lui-même n’en pourrait atteindre le sommet. Puisses-tu vivre là des jours nombreux et atroces, entre les rocs et les précipices, et que ta chair enfin serve de festin aux vautours.

Et les rocs s’ouvrirent, les abîmes se creusèrent derrière le chasseur, si profonds que les plus longues cordes ne pouvaient les sonder, et une falaise abrupte se dressa devant lui, si haute qu’un oiseau n’aurait pu en atteindre le sommet…

 

Bineger vécut là des jours et des jours, perdu dans la montagne Il tua son cheval, puis son chien, et se nourrit de leur chair. Puis il dévora, pour combattre la faim qui le rongeait, la chair de ses propres cuisses et but son propre sang. Un jour enfin un berger qui avait mené son troupeau loin des pâturages habituels aperçut le chasseur au flanc du rocher. La population des villages voisins accourut. On rassembla les cordes les plus longues qu’on put trouver, mais quand elles furent bout à bout et qu’un homme s’y fut suspendu, il ne voyait même pas le fond du précipice. Le frère de Bineger était là pleurant, et sa femme bien-aîmée, et ses jeunes enfants, implorant et suppliant la miséricorde divine, et les yeux du prisonnier étaient baignés de larmes. Alors devant tout le peuple rassemblé Bineger mit un terme à ses souffrances en se jetant dans l’abîme. Celui-ci se referma sur lui et le bruit de sa chute, comme un long grondement prolongé ébranla toute la montagne. Et les précipices se fermèrent, les rocs reprirent leur place accoutumée, tandis qu’une biche boiteuse, surgie on ne sait d’où, gravissait lentement le flanc de la colline…


 


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Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /2008 13:20

C'est un berger qui est absolument simplet et qui a appris bizarrement ses prières.

Mais alors, il a une telle confiance que certains jours, quand il y a besoin d'aller sur le versant d'Istanbul Europe, il quitte le versant d'Asie, il met son manteau de berger sur l'eau, il se met à genoux dessus, il fait sa prière et il traverse.

Et le manteau ne coule pas. Il trouve ça très naturel.

Un matin, il arrive sur la plage. Il y avait déja une sorte de derviche qui était en train de faire sa méditation et qui voit arriver le berger qui pose son manteau sur l'eau et qui dit très sérieusement en faisant un très belle prière :

"Mon Dieu tu as péché contre moi, j'ai pitié de toi !"

"Mon Dieu tu as péché contre moi, j'ai pitié de toi !"

Et le berger s'en va tranquillement sur l'eau.

L'autre qui était derviche lui crie

"Eh ! Eh ! c'est pas comme çà qu'on fait une prière. Il ne faut pas faire sa prière comme çà, il faut dire :

Seigneur, j'ai péché contre toi, aie pitié de moi ! "

Alors l'autre revient, toujours avec son manteau et dit "Pardon ?"

"Tu ne sais pas faire ta prière" dit le derviche."

"Tu ne sais pas faire ta prière, répète avec moi."

Et il lui apprend la prière à l'endroit.

Alors l'autre dit "Oh ! merci, merci, merci", Il remets son manteau sur l'eau, puis il fait sa prière bien à l'endroit :

"Seigneur, j'ai péché contre toi, aie pitié de moi"

Et voila que le manteau coule.

Et l'autre dit "non, non, reprend ta vieille prière, elle marche mieux, à cause de toi sans doute et à cause de ta sincérité."

Et alors le berger a repris sa vieille prière et a traversé tout le Bosphore jusqu'à Istanbul.

 


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