Lundi 14 avril 2008

Quelque part en Afrique, vivait un puissant magicien qui possédait d'innombrables trésors, obtenus par magie. Un jour qu'il était assis devant ses étranges instruments grâce auxquels il pouvait voir le futur, il vit dans un tourbillon de fumée quelque chose qui lui coupa le souffle.

 

Dans une ville lointaine vivait un jeune garçon, Aladin, qui possédait, sans le savoir, un très grand pouvoir magique. Plus encore, enterré dans une cave sous une colline hors les murs de la ville, se trouvait le plus merveilleux trésor qui soit au monde. Ce n'était pas tout, dans la même cave se trouvait une vieille lampe qui pouvait exaucer tous les désirs de celui qui la possédait. Aladin, et Aladin seulement, pouvait se rendre maître et du trésor et de la lampe.

 

Le magicien, fasciné par ce qu'il avait vu, revint subitement sur terre « Ne suis-je pas un grand magicien ? » se dit-il, « je ne vais certainement pas laisser un tel trésor entre les mains de cet ignorant. »

 

En hâte il se déguisa en religieux et, frottant l'anneau magique qu'il avait au doigt, dit « Conduis-moi dans la ville d'Aladin. » En un éclair il fut dans la rue où Aladin jouait avec ses compagnons. Dès qu'il l'eut reconnu, le magicien appela le jeune garçon :

« Aladin, mon cher neveu ! Viens que je t'embrasse ! Cela fait Si longtemps que je te cherche. »

 

Aladin, le regardant avec étonnement, répondit « Je ne vous connais pas, ma mère ne m'a jamais parlé d'un oncle et mon regretté père ne m'avait de sa vie parlé d'un frère. » « Mon pauvre enfant », dit an pleurant le magicien, « cela fait Si longtemps que je n'ai pas vu ton cher père et il me faut apprendre maintenant qu'il est mort... Mon cher enfant », continua-t-il, « par amour pour ton défunt père je veux prendre en charge ton éducation et faire de toi une personne respectable, car je vois à tes vêtements que ta mère a bien du mal à vous faire vivre. » « Mon oncle », dit Aladin, « ma mère, en effet, n'est qu'une pauvre ouvrière, allons la trouver pour lui annoncer la bonne nouvelle».

 

Tout d'abord la pauvre veuve ne voulut pas croire le mystérieux étranger, mais elle se radoucit quand il lui donna dix pièces d'or afin qu'elle achète des vêtements à son fils.

 

« Mais seulement les plus beaux », précisa-t-il avant de s'en aller, « car, Si Aladin doit devenir riche et puissant, il doit être vêtu an conséquence. J'en jugerai par moi-même demain car dès le lever du jour je le prendrai à ma charge. » La mère d'Aladin employa les dix pièces d'or à l'achat des plus beaux et des plus fins vêtements qu'elle pût trouver.

 

Le matin suivant, quand l'étranger revint, Aladin l'attendait, vêtu aussi somptueusement que les enfants des plus riches de la ville. « Parfait », approuva le magicien, « maintenant allons, il n'y a plus de temps à perdre. » Il l'emmena dans de splendides jardins pleins de fleurs merveilleuses qui embaumaient. Leurs pétales multicolores se reflétaient dans les pièces d'eau, bordées de mosaïques et de fontaines. Ils se reposèrent sur une pelouse douce comme du velours et écoutèrent le chant des oiseaux. Aladin n'avait jamais rien vu ni entendu d'aussi beau, même dans ses rêves... Quand le magicien vit Aladin aussi émerveillé, il se frotta les mains, son plan devait réussir. « Je vais te faire voir des choses extraordinaires et inconnues de tous les mortels, des richesses que personne n'a jamais vues», promit-il, alors qu'ils approchaient de la colline sous laquelle était enfoui le trésor.

 

Le magicien commença à mesurer le sol puis il s'arrêta. Ayant allumé un feu de quelques brindilles, il y jeta une poignée d'encens. Bientôt il n'y eut plus qu'un épais nuage de fumée. « Regarde à travers la fumée », dit le magicien lui montrant le sol. Aladin, surpris, découvrit une trappe pourvue d'un anneau en fer.

 

« Tu vas soulever cette trappe et descendre dans les profondeurs de la terre », murmura le faux-oncle, « tu passeras par des couloirs, des salles, des jardins, tout ce que tu pourras prendre sur le chemin sera à toi, la seule chose que je désire est une lampe qui est accrochée dans une des salles. »

 

« Avec plaisir, mon oncle », dit Aladin, « mais pourquoi ne viendriez-vous pas avec moi ? » « Je reste ici pour veiller sur ta sécurité », dit le magicien, « maintenant vas-y. » Aladin attrape l'anneau et soulève la trappe avec tant de facilité que le magicien en est suffoqué. Le jeune garçon arrive à un passage obscur après avoir traversé de grandes salles pleines d'or, d'argent, de diamants, de perles et autres pierres précieuses. Sans le savoir il a découvert le plus riche trésor du monde. Il continue d'avancer et arrive à un jardin merveilleux. Les arbres ploient, tant leurs branches sont chargées de fruits. Mais ce ne sont pas des fruits ordinaires, leur éclat est éblouissant. De chaque branche tombent des diamants, des perles, des rubis d'un rouge intense, des améthystes, des émeraudes et des saphirs. Les pétales des fleurs sont d'or fins et dignes d'orner la tête d'une princesse. Dans une niche est accrochée la lampe. Elle est vieille, poussiéreuse et éclaire faiblement. Aladin la décroche avec précautions, éteint la flamme, jette l'huile et prend le chemin du retour. Alors seulement il prend le temps d'admirer les richesses qui l'entourent et d'en remplir ses poches. Le magicien l'attend dans la plus grande impatience. Quand il le voit, il crie: « Que de temps il t'a fallu! Viens maintenant, passe-moi la lampe et je t'aiderai à sortir. »

 

«Je ne peux pas, mon oncle, elle est trop lourde, aidez-moi d'abord à sortir », bégaie Aladin. Mais le magicien n'a pas la moindre intention de l'aider. Il veut la lampe pour ensuite se débarrasser du jeune garçon. Il insiste, tour à tour doux et menaçant, mais en vain. Aladin essaie encore, et encore, mais il ne peut réussir à soulever la lampe jusqu'à l'ouverture. Alors le magicien entre dans une fureur épouvantable.

 

« Ingrat », hurle-t-il, « je vais te donner une leçon. Et à ces mots il jette une seconde poignée d'encens dans le feu, tout en marmonnant des paroles magiques dans une langue inconnue. La dalle de pierre se met à bouger et, lentement, recouvre l'ouverture.

 

« Puisque je ne peux pas avoir cette lampe, tu peux mourir, personne ne viendra te chercher là », dit-il avec un rire mauvais. Puis il frotte l'anneau magique et disparaît.

 

Aladin est tout seul dans l'obscurité. Comment aurait-il pu penser que son oncle le traiterait aussi cruellement. Il appelle au secours mais personne ne peut l'entendre et il ne peut sortir de là sans aide. Il remonte les couloirs, les salles, jusqu'au jardin merveilleux, cherchant une issue éventuelle. Mais rien. Désespéré, il revient au point de départ et, se laissant tomber dans un coin, il pleure silencieusement. Puis il se met à prier. Comme il prie, ses doigts accrochent la vieille lampe et soudain un génie à la figure énorme se matérialise devant lui.

 

« Maître, vous m'avez appelé, que désirez-vous ? » demande-t-il à Aladin.

 

« Emmène-moi auprès de ma mère », ordonne le jeune garçon, abasourdi et, avant d'être revenu de son étonnement, il se trouve devant la porte de sa maison ...

 

Il raconte ses aventures à sa mère qui convient avec lui que la lampe renferme un pouvoir magique et ils comprennent alors pourquoi le magicien y tenait tant.

 

Aladin est fou de joie : « Finies la pauvreté et les privations ! » et, joignant le geste à la parole, il fait de nouveau apparaître le génie auquel il commande à dîner. Le génie disparaît un instant et reparaît chargé d'une bassine et de douze plats d'argent, chacun rempli de mets plus délicats les uns que les autres. Le génie apporte également du vin et des fruits délicieux, qu'il place devant Aladin et sa mère.

 

Cette dernière ne peut en croire ses yeux et tremble de crainte « Jette cette lampe, mon fils, elle est ensorcelée et ne nous apportera que des ennuis. »

 

« Mais c'est elle qui m'a libéré de cette trappe dans laquelle mon prétendu oncle m'avait enfermé ! » proteste Aladin en commençant à manger. Pourtant sa mère ne cesse de s'inquiéter et de trembler.

 

Pour lui faire plaisir, Aladin promet de cacher la lampe dans un endroit sûr et de chercher un travail honnête. Puis tous deux décident de vendre les plats d'argent, et ainsi de vivre un certain temps confortablement.

 

Pendant la journée, Aladin va de marché en marché, regardant travailler les orfèvres et les commerçants en essayant d'apprendre quelque chose.

 

Un jour il décide d'ouvrir lui-même un commerce; emportant avec lui les pierres précieuses qu'il a ramenées du jardin merveilleux, il quitte la maison. Il a à peine fait quelques pas qu'il entend les trompettes du messager du sultan « Rentrez chez vous », crie celui-ci, « fermez portes et fenêtres, la princesse Badroulboudour, fille du sultan, va passer, elle ne doit pas être vue. Si quelqu'un désobéit à cet ordre, il aura la tête coupée. »

 

Aladin a souvent entendu parler de la beauté de la princesse et il brûle d'envie de la voir. Inconscient du danger, il se cache donc derrière une porte et attend qu'elle passe. En effet la princesse est la plus belle brune que l'on peut voir au monde, elle éclipse par sa beauté toutes les servantes qui l'entourent. Quand elle passe devant la porte derrière laquelle se cache Aladin, le vent soulève légèrement son voile, découvrant ainsi un visage dont la perfection le fait trembler d'émotion.

 

Une fois la princesse passée, il reprend ses pierres précieuses et rentre en courant chez lui. Il a toujours devant ses yeux, la vision de la princesse et, bien que sa raison sache que c'est pure folie, son cœur déborde d'amour. Il ne peut plus ni manger ni dormir. Sa mère le remarque et lui en demande la raison.

 

« Hélas mon fils ! » se lamente-t-elle lorsqu'il lui raconte son tourment, « la fille du sultan n'est pas pour quelqu'un comme toi, quelque soit ton amour pour elle, mon fils, il n'y faut plus penser. » « Ma fortune peut égaler celle du sultan », rétorque Aladin, « j'ai beau n'être que le fils d'un pauvre tailleur, je suis sûr que le sultan ne possède pas de pierres précieuses comparables aux miennes. » Aladin dispose ses pierres précieuses dans le bassin d'argent et ajoute : « Chère mère, vous allez vous présenter au sultan et demander pour moi la main de la princesse. Prenez ces joyaux et offrez-les au sultan, ne me refusez pas cette faveur, je vous en supplie, ou je mourrai de chagrin. »

 

Il n'y a rien qu'une mère ne ferait pour son fils. La mère d'Aladin prend donc le bassin plein de joyaux et, courageusement, se rend au palais. Aprn's avoir franchi d'innombrables portes, elle arrive au divan, pièce immense où se trouvent les nobles, les vizirs et les juges de la cour. Au centre de la pièce, trône le sultan en personne, écoutant les requêtes de ses sujets. Quand elle le voit, la mère d'Aladin se sent défaillir et elle veut rebrousser chemin mais le sultan la remarque.

 

« Faites venir cette femme, je suis curieux de savoir ce qu'elle désire », dit-il à son grand vizir.

 

Une fois devant lui, la mère d'Aladin se prosterne, baise le tapis qui couvre les marches du trône et dit « Avant d'exposer à Sa Majesté le sujet extraordinaire qui me fait paraître devant son trône, je la supplie de me pardonner la hardiesse de la demande que je viens lui faire. »

 

« Relève-toi, bonne femme », répond gentiment le sultan, « quoi que ce puisse être, je te le pardonne dès à présent et il ne t'arrivera pas le moindre mal parle hardiment. »

« J'ai un fils nommé Aladin », commence-t-elle et, d'une voix tremblante, elle raconte comment son fils, bien que ce soit interdit, a vu la princesse et, devant sa beauté incomparable, en est tombé follement amoureux. « Et je suis venue ici pour demander à Sa Majesté la main de sa fille pour mon fils. »

 

« Et qu'est-ce qui te permet de penser qu'il est digne de ma fille ? » questionne le roi amusé. « Il vous envoie ce présent », répond bravement la mère d'Aladin en découvrant le bassin d'argent. Un murmure d'admiration parcourt l'assemblée. Le sultan, revenu de son étonnement, se penche vers son grand vizir et lui dit : « Chacune de ces pierres vaut à elle seule dix fois plus que ma fortune tout entière, que dis-tu d'un tel cadeau? Que dois-je répondre?» « Je dois reconnaître que le présent est digne de la princesse », répond le vizir à contrecœur, « mais je pense qu'il serait prudent d'attendre quelques mois avant de vous prononcer, car je suis très soupçonneux quant a l'origine de ces pierres... »

 

« Rentre chez toi, bonne femme », reprend le sultan, « et dis à ton fils que j'accepte sa requête mais qu'il lui faudra attendre trois mois car il me faut le temps de faire tous les préparatifs Aussi, reviens au bout de ce temps-là. » La mère, débordante de joie, se dépêche de rentrer pour annoncer la bonne nouvelle. Cette nuit-là, Aladin s'endort le cœur léger, en remerciant Dieu de sa bonté. Mais il ne sait pas que le grand vizir est prêt à tout pour l'empêcher d'épouser la princesse, car lui-même a un fils qu'il veut marier à la fille du sultan afin qu'il monte un jour sur le trône. D'ailleurs, le sultan ne lui a-t-il pas promis la princesse pour son fils bien avant que la mère d'Aladin ne, se présente? Va-t-il laisser un inconnu gâcher ses plans? Le grand vizir sait ce qu'il lui reste à faire: le sultan devient vieux et il perd un peu la tête. S'il n'entend plus parler d'Aladin pendant quelque temps, il oubliera sa promesse. Alors il pourra même le convaincre habilement que son propre fils est plus digne d'épouser la princesse Badroulboudour.

 

Le vizir ne perd pas de temps. Le plus important dans la préparation d'un mariage est la procession qui, à travers la ville, se rendra jusqu'au palais du sultan.

 

Le grand jour arrive. Des soldats et des gardes en uniforme de cérémonie défilent dans les rues tandis que la population s'active à allumer des lampions et à jeter des fleurs.

 

Aladin ne sait rien de tout cela, car il ne quitte pratiquement pas sa chambre, comptant les jours qui le séparent de sa chance. Pourtant ce soir-là, il s'aventure dans les rues et, étonné de voir la ville en fête, demande quelle est la raison de cette agitation. « Nous célébrons aujourd'hui le mariage du fils du grand vizir avec la princesse Badroulboudour, étranger », lui répond-on. « Nous attendons que l'époux sorte du bain pour l'accompagner jusqu'au palais... »

 

Aladin n'attend pas plus longtemps, il court jusqu'à sa chambre, prend la lampe qu'il avait cachée et fait glisser ses doigts sur le bronze.

 

« Que désirez-vous, maître ? » demande aussitôt le génie.

 

« En ce moment même la procession du mariage de la princesse Badroulboudour marche vers le palais du sultan. Je veux prendre la place du prétendant. Mène le fils du vizir chez lui et enferme-le. Procure-moi aussi les mêmes vêtements que les siens. »

 

« Il sera fait selon votre désir, maître », répond l'esclave de la lampe. En un dm d'œil Aladin est habillé et parfumé comme un prince et transporté au palais. La procession arrive à hauteur des portes du palais et personne n'a remarqué la substitution. Seuls le sultan et le grand vizir s'étonnent à la vue de ce mystérieux étranger. Aladin se jette aux pieds du sultan « Monarque au-dessus des Monarques du monde», commence-t-il, « je viens au sujet de la promesse que vous avez faite à ma mère... »

 

Le sultan irrité se tourne vers le grand vizir : « Je me souviens », dit-il, « ce doit être cet Aladin. Toi, mécréant, tu voulais que ton fils prenne sa place. » « Je pensais seulement à votre intérêt », dit le vizir, furieux de la tournure des événements, « et Si vous voulez bien me permettre ce conseil, demandez à cet homme une dot digne de la princesse, vous ne savez même pas quelle est sa fortune. »Le sultan réfléchit un moment et dit « Notre coutume, Aladin, est d'exiger une grosse dot pour une princesse. Pour ma fille, je demande quarante plats d'or fin remplis de pierres précieuses. A cette seule condition je te donnerai ma fille. »

 

« Que Sa Majesté attende un instant, je reviens avec la dot qu'elle demande », répond Aladin au grand étonnement des personnes présentes. En hâte il rentre chez lui; un instant plus tard, on le voit apparaître dans la rue suivi de quarante servantes, chacune portant sur la tête un plat du plus bel or rempli des plus beaux joyaux. Il s'est procuré tout cela grâce à sa lampe magique... Quelle magnifique procession ! Aladin marche en tête, sur un superbe cheval arabe, suivi de sa mère, habillée comme une reine et accompagnée de douze esclaves. Des cavaliers les suivent, jetant à la foule émerveillée des milliers de pièces d'or.

 

Le sultan peut à peine en croire ses yeux. Il vient lui-même à la rencontre d'Aladin, l'embrasse comme son propre fils et, n'écoutant plus les avertissements jaloux de son vizir, il donne l'ordre de commencer les festivités.

 

En un instant la musique retentit et le sol se met à trembler sous les pieds des danseurs. Le palais ruisselle de lumières et tout le monde s'amuse. Le sultan, à qui Aladin a plu tout de suite, appelle ses juges et ordonne que le contrat de mariage soit signé sur-le-champ. Une fois la chose faite, Aladin se lève et demande la permission de se retirer.

 

« Où voulez-vous aller, mon fils ? » lui demande le sultan, « aujourd'hui est un grand jour et votre épouse vous attend. »

 

« Sa beauté est telle qu'elle mérite davantage que ce que j'ai pu lui donner jusqu'à présent », répond Aladin. « J'ai décidé qu'avant le lever du jour, j'aurai fait construire un palais digne de recevoir la princesse. J'aimerais que vous choisissiez vous-même l'emplacement de notre future demeure. »

 

« Choisissez la partie de mon royaume qu'il vous plaira, si vous pensez que c'est nécessaire », dit le sultan, « mais vous n'avez pas besoin d'un palais car à partir de ce jour, celui-ci est le vôtre. »

 

Cette nuit-là, une armée de génies invisibles travaille à la construction du palais d'Aladin tout près de celui du sultan. Il est tout de marbre fin, de jade et d'agate; les pièces sont ornées d'or et d'argent, les murs de magnifiques tentures et les sols de merveilleuses mosaïques. Avant le lever du jour, le palais retentit des voix des servantes, du bruit de la vaisselle et du hennissement des chevaux dans les écuries. Le soleil se lève sur un tapis de velours qui court du palais d'Aladin au palais du sultan. Ainsi font les esclaves de la lampe conformément aux ordres d'Aladin.

 

La princesse Badroulboudour tombe éperdument amoureuse d'Aladin dès qu'elle le voit et les festivités de leur mariage durent quarante jours et quarante nuits dans le plus grand apparat. Le grand vizir, voyant que sa cause est perdue à jamais, ne tente plus d'empêcher leur bonheur.

 

Ils auraient donc pu vivre parfaitement heureux si, quelque part, le terrible magicien ne s'était un jour souvenu d'Aladin. Encore une fois, du fin fond de l'Afrique, il décide d'essayer de rentrer en possession de la lampe merveilleuse et de savoir ce qu'il est advenu de cet Aladin qu'il a emprisonné dans la trappe. Il s'installe donc devant ses instruments et prononce la formule magique. Quelle n'est pas sa surprise de voir qu'Aladin vit comme un prince et qu'il a épousé la fille du sultan lui-même!

 

Il entre dans une colère terrible, criant et gesticulant comme s'il était possédé par le diable, tout en se demandant comment lui dérober la fameuse lampe, car il est sûr que le fils d'un misérable tailleur n'a pu devenir gendre du sultan sans l'aide des pouvoirs magiques de la lampe.

 

Il se décide à agir et sans perdre une minute il frotte son anneau magique. En un éclair, le voilà transporté dans la ville même où vit Aladin. Il se promène dans les rues questionnant les passants. Bientôt il sait tout ce qu'il veut savoir sur Aladin et son palais. Alors il achète une douzaine de lampes neuves et commence à arpenter les rues en criant: « Qui veut échanger une vieille lampe contre une neuve? Qui veut échanger une vieille lampe contre une neuve ? »

 

Les citadins pensant que le camelot a perdu la raison profitent sans chercher davantage de cette offre inespérée. Le magicien échange en souriant lampe après lampe tout en se rapprochant du palais d'Aladin.

 

Quand il arrive aux portes du palais, il ne lui reste plus qu'une lampe « Une lampe neuve contre une vieille », crie-t-il sous les fenêtres d'Aladin. Il a appris qu'Aladin et son épouse ne sont pas au palais, ainsi ne craint-il pas d'être découvert. Il tremble d'émotion lorsque l'un des esclaves du palais ouvre la fenêtre et lui crie : « Attends un instant, notre maître a une très vieille lampe dans sa chambre. Je crois qu'il serait bien content, si on la lui changeait pour une neuve. »

 

Le magicien n'en croit pas ses yeux, l'esclave lui donne contre une neuve, la lampe merveilleuse qu'il désire depuis si longtemps... Dès qu'il l'a entre les mains, il se hâte de quitter la ville, puis il attend que la nuit tombe et que le palais soit endormi. Alors il frotte la lampe et le génie lui apparaît. « Maître, que désirez-vous ? » demande-t-il. « Je veux que le palais d'Aladin ainsi que la princesse soient transportés chez moi en Afrique, mais je veux qu'Aladin reste ici. Il s'expliquera lui-même avec le sultan », dit-il avec un rire mauvais.

 

La nuit est sans étoile et sans lune. Tout à coup, sans que personne ne s'en aperçoive, le palais s'élève dans le ciel, ne laissant à la place qu'une vaste surface de terre battue. Le matin, quand le sultan se réveille, il regarde comme il en a l'habitude, vers le palais d'Aladin. Mais ce jour-là, il ne peut en croire ses yeux, est-il en train de rêver? Hélas non on aurait dit qu'un énorme coup de vent a balayé la terre et a tout emporté. A la place du palais, il n'y a plus qu'un espace vide. Horrifié, le vieux sultan fait appeler son grand vizir. « Dis-moi ce que tu vois », lui ordonne-t-il en ouvrant la fenêtre.

 

« Majesté, le palais du prince a disparu », s'écrie le vizir stupéfait. Puis, se tournant vers le sultan, il ajoute : « Si seulement vous m'aviez écouté, j'ai toujours pensé que cet Aladin avait usé de moyens malhonnêtes et de magie pour épouser votre fille ! Il faut l'attraper, le punir sévèrement et le forcer à s'expliquer. »

 

Le sultan, la veille encore Si attentionné pour Aladin, ne pense plus maintenant qu'à se venger.

 

« Il faut qu'il souffre les pires tortures », crie-t-il, fou de rage, « lancez les gardes à sa recherche, qu'on fouille toute la ville pour le retrouver. »

 

Ils ne cherchent pas longtemps. Aladin dort profondément près d'un buisson. On l'amène devant le sultan fou furieux et lorsqu'il est jeté dans le plus noir et le plus profond cachot, il n'a toujours pas compris ce qui lui arrive. Il est là impuissant, sans défense. Très loin au-dessus de lui, il entend la voix du sultan « Je te donne quatre jours et quatre nuits, Si d'ici là la princesse Badroulboudour n'est pas revenue, je te ferai couper la tête.»

 

Aladin l'écoute le cœur serré. Où donc est sa chère princesse? Il réfléchit longtemps à sa mystérieuse disparition et à la non moins mystérieuse disparition de son palais. Il comprend enfin que seul le magicien peut être l'auteur de ce crime. Mais comment le retrouver maintenant qu'il n'a plus sa lampe mèrveilleuse?

 

Tandis qu'Aladin souffre dans sa prison, le magicien fait sa cour à la pauvre princesse Badroulboudour.

 

« Rien ne sert de pleurer, belle princesse, vous ne reverrez jamais Aladin », lui répète-t-il sans cesse. « Maintenant que je vous ai fait amener ici, en Afrique, vous et votre palais, personne n'osera plus essayer de vous enlever à moi. Je vous ai choisie pour épouse et ce soir je viendrai vous demander votre main. Si vous refusez de me prendre pour époux, malheur à vous ! » ajoute-t-il d'une voix menaçante avant de la quitter.

 

La princesse se cache tout d'abord la tête dans les mains et se met à pleurer. Puis elle imagine un plan: si Aladin est impuissant, sans le secours de sa lampe, elle, au moins, peut agir. Ce soir-là, elle met sa plus belle robe, s'enduit des plus riches parfums et ordonne qu'on prépare un somptueux festin, accompagné des vins les plus forts. Puis elle s'assoit et attend le magicien. Elle l'accueille avec son plus doux sourire.

 

« Vous êtes mon maître », lui murmure-t-elle en se prosternant devant lui. Le magicien ne peut détacher les yeux de la merveilleuse princesse. "Je vois que vous avez pensé à ma proposition ...", commence-t-il, mais elle ne le laisse pas terminer. Elle l'invite à se mettre à table, lui offre un verre de vin. La soirée passe, la princesse parle, rit, dit mille bêtises et le magicien ne cesse de boire. « Je sais, mon maître », dit enfin la princesse, « que votre pouvoir dépasse de loin celui de tous les rois du monde, d'où le tenez-vous ? » "De cette lampe", bégaie le magicien, sortant de sa robe la lampe merveilleuse, « il me suffit de la frotter ici et...», il ne peut terminer sa phrase, il glisse lourdement sur le sol et se met à ronfler. La princesse n'attendait que cet instant, elle attrape la lampe et la frotte comme le magicien lui a indique.

 

« Que désirez-vous, maîtresse ? » demande le génie qui est si grand et si impressionnant que la princesse en est terrifiée. « Envoie ce magicien en enfer et reviens tout de suite », commande-t-elle, reprenant courage.

 

Le géant s'empare immédiatement du magicien et disparaît pour reparaître une seconde plus tard. « Vous n'entendrez plus parler de ce magicien », dit-il. « Désirez-vous autre chose, princesse ? »

 

« Ramenez ce palais où il était !»

 

La lampe une fois de plus réalise les désirs de la princesse. Avant que le coq ne chante, Aladin est libéré et rendu à sa princesse. Le sultan se réjouit avec eux et Aladin oublie bien vite les souffrances du cachot.

 

Mais à partir de ce jour, la lampe disparaît et on n'en entend plus parler. L'intelligente princesse l'a cassée en mille morceaux, elle en a brûlé une partie, enterré une autre et jeté le reste à la mer.

 

Ainsi agit-elle car elle craint l'envie et le désir de pouvoir qui sont souvent plus forts chez les hommes que la bonté...


par sylvie8454 publié dans : 3. - CONTES ET LEGENDES DU MAROC
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Dimanche 6 avril 2008

Un empereur, escorté par toute sa cour en parade, sortant de son palais afin de satisfaire à sa promenade matinale quotidienne, rencontre, sur son chemin, un mendiant.

 

Il lui demande:

 

« Toi qui est assis là, devant mon palais, une écuelle à tes pieds, que désires-tu? »

 

Le mendiant rit et lui répond:

 

« Tu m'interroges comme si tu pouvais satisfaire mon désir? »

 

L'Empereur rit de même et, hautain et fier, persiste dans son dire:

 

« Bien sûr que je peux satisfaire ton désir. Quelle est ton appétence? Simplement énonce-la-moi. »

 

Et le mendiant, humblement, allègue:

 

« - Pense-le deux fois avant de promettre. »

 

Le mendiant n'est pas un mendiant quelconque.

 

Dans une vie passée, il avait été le Maître de l'empereur. Et, dans l'une de ces vies antérieures, il lui avait promis: « Je reviendrai et, dans l'une de tes vies futures, je m'évertuerai à te réveiller car dans cette présente, tu es resté en sommeil. Sois dans la certitude, je reviendrai...»

 

Mais l'Empereur, sûr de sa dignité et de son importance, dans son dire, insiste:

 

« Je suis un empereur très puissant et, par ma puissance, je peux te donner toutes les faveurs que tu voudras me demander de t'accorder. Alors mendiant, dis-moi: Qu'est-ce que tu peux souhaiter que je ne puisse pas te donner? »

 

Alors, le mendiant, d'une voix calme, posée, et pleine de sagesse, lui dit :

 

« - C'est un désir très simple. Est-ce que tu vois cette écuelle? Est-ce que tu peux la remplir avec quoique ce soit que tu désires y verser dedans?

 

- Bien sûr », s'empresse de déclamer, avec emphase, suffisance, arrogance et fatuité, l'empereur.

 

Appelant l'un de ses domestiques, d'un ton péremptoire, il lui adjoint:

 

« Remplit d'argent l'écuelle de cet homme. »

 

Le domestique s'exécute... et, à peine les pièces déposées au fond de la sébile du mendiant, l'argent, comme par enchantement, disparait.

 

Le domestique déverse plus et plus de pièces, plus et plus de sacs de pièces d'argent, plus et plus de coffres de pièces d'or et dès que les pièves touchent le fond de l'écuelle, elles disparaissent.

 

Et la sébile du mendiant reste irrémédiablement vide. Nul ne peut comprendre, pas même l'empereur.

 

Tout le palais, autour du Maître incontestable et incontesté, afin de découvrir les raisons d'un mystère inexplicable, se réunit. Toutes les plus hautes autorités du Royaume se penchent sur l'affaire insoluble. Nul ne comprend cet acte magique.

 

La rumeur court par toute la ville: « Un habile prestidigitateur met en échec l'honorable Raïs! » et une grande multitude, se pressant, se regroupe autour de l'énigmatique mendiant.

 

Pour le palais impérial et pour le peuple aux aguets, le prestige du Maître Suprême est bafoué.

 

Le Souverain, dans un ultime sursaut d'orgueil et de suffisance, s'adresse à ses domestiques:

 

« Je suis disposé à perdre mon entier royaume car ce mendiant ne doit pas me vaincre. »

 

Diamants, perles, émeraudes... les salles du trésor continuent à se vider. L'écuelle ne semble n'avoir de fond. Tout ce qui s'y dépose disparait aussi vite.

 

Le jour tombe sur la ville et le peuple, en silence, s'est réuni autour de son monarque qui s'est jeté aux pieds du mendiant et qui, à contre cœur, admet son échec.

 

« - Tu as gagné, je ne puis qu'en convenir, mais, avant que tu ne partes vers d'autres cieux, satisfait ma curiosité... Dans quel matériau magique ton écuelle est-elle donc fondue? »

 

Dans un éclat de rire sardonique, le mendiant dit:

 

« Elle est faite du même granulat que l'esprit humain. Il n'y a aucun secret ni aucune illusion... elle est simplement faite de désirs humains. »

 

Proposé par Catalan

 


par sylvie8454 publié dans : 3. - CONTES ET LEGENDES DU MAROC
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Dimanche 6 avril 2008

Il était un temps dans le temps, dans le petit Ksar Oulad Aïcha, sur la route menant de Merzouga à Taouz, un paysan, appelé Moussa, avait deux filles: Naseerah et Salamah.

 

La fille aînée, Naseerah, était égoïste, égocentrique, individualiste, ingrate, avare et imbue de sa personne, les mots pour la décrire, telle elle était, n'ayant aucun sens quant à sa personnalité, à son comportement et à ses attitudes insanes, absurdes et ineptes.

 

Salamah, sa cadette, par contre, était généreuse, bonne et tous les jours, sans se soucier des conditions climatiques qui pouvaient affecter la région, elle accompagnait son père au marché pour vendre les fruits cueillis dans ses champs.

 

Les temps ayant passé, le grand âge chantant ses louanges, vint un jour...

 

Moussa, usé par le travail, alité, pris par les fièvres, se décida a appeler, près de lui, dans sa chambre, ses deux filles. Avec des mots simples, des mots de paysan connaissant son avenir, il leur dit:

 

« Sous quelques jours j'aurais un âge mémorable et je suis aux portes de la mort. Comme vous le savez je n'ai pas une grande succession, à l'exception d'une petite palmeraie et de vergers, quelques centaines de plants, de mandariniers et d'orangers, à vous léguer. Donc j'ai décidé de diviser en deux parties égales mes misérables arpents de terre sur lesquels nous avons vécu depuis votre naissance: une pour Naseerah, l'autre, pour Salamah. J'ai le souhait que vous les conserviez et que vous les cultiviez parce que ces champs sont des biens immémoriaux acquis par nos ancêtres, au temps de Muhammad le prophète bien aimé, et notre seule et unique subsistance. Qu'Allah, notre Dieu créateur, omniscient, subsistant par lui-même et inébranlable, soit Tout-puissant et veuille que vous ne les vendiez pas. »

 

Ces paroles, à peine balbutiées, Moussa rendit son âme au Maître suprême et les deux sœurs, mortifiées, de longues journées interminables, pleurèrent de tristesse.

Les jours passaient et Salamah continuait à cultiver sa part de terre et allait tous les jours au marché comme son père le faisait de son vivant.

 

Au contraire, Naseerah, malgré ce que son père lui avait dit, avait vendu sa part d'héritage à Sidi Halabî qui était l'homme le plus riche du ksar.

 

Un soir, Salamah revenant à la maison après une dure journée de labeur, y avait retrouvé sa sœur assise devant un miroir. D'un ton de reproche, elle lui avait dit:

« - J'ai su que tu as vendu ta part de terre que père t'a laissée en héritage, à Sidi Halabî. Pourquoi as-tu trahi la parole, à lui, donnée le jour même de sa mort?

 

- C'est simple à comprendre ma chère sœur! », lui répond-dit Naseerah, « Sous quelques jours le maître du ksar choisira femme. Avec l'argent que m'a payé Sidi Halabî, pour les quelques arpents de mauvaise glèbe que je lui ai vendu, je m'achèterai robes et bijoux par dizaines, les uns plus beaux que les autres, et ainsi je serai la plus belle femme du ksour. Alors, il n'y aura pas de doute, le maître me choisira pour ma richesse et je convolerai, avec lui, en justes noces. Ainsi je deviendrai la femme la plus influente du ksar. Et même toi, ma sœur, tu me devras le respect. »

 

Les deux sœurs s'étripaient en paroles quand Salamah entendit un cri et le dit à sa sœur:

 

- « As-tu entendu crier?

 

- Non, Salamah , je n'ai rien entendu » lui avait répondu Naseerah.

 

« - Je crois que la voix venait de derrière cet arbre. Quelqu'un aurait besoin de notre aide. »

 

Les deux sœurs coururent vers l'endroit d'où provenaient les cris. Quand elles y parvinrent, elles découvrirent un lutin qui était tombé au fond d'un trou. Et le génie s'époumonait:

 

« - Au secours... ! Au secours... ! Je vous en supplie, sortez-moi d'ici !

 

- Tranquillisez-vous... », lui dit Salamah, « Nous vous sortirons de votre trou dès que nous le pourrons. »

 

Et la jeune fille courut jusqu'à la grange toute proche et revint, bien vite, avec une échelle qu'elle fit glisser lentement dans la cavité où gisait le lutin.

 

Naseerah dit, alors, à sa sœur :

 

« - Ce fou ne peut même pas monter tout seul? Et moi, je ne descendrai pas au fond de ce trou pour aller l'y chercher car ma robe se salirait. Descends-toi, si tu veux. »

 

Sans aucune hésitation, Salamah descendit dans les profondeurs de l'obscure cavité. Quelques instants après, le lutin accroché à son dos, elle en ressortait. Son visage était maculé de terre et sa robe toute crottée mais elle avait le sourire aux lèvres, heureuse d'avoir rendu service.

 

«- Merci », dit le lutin,« En vérité, toutes les deux, vous êtes de bonnes filles. Et pour cela, je veux vous en remercier et offrir, à chacune de vous, un cadeau. Mais j'ai un problème car un des cadeaux est mieux que l'autre », poursuivit le farfadet tandis qu'il montrait deux caissettes. « Dans la plus grande des caissettes, il y a cent monnaies d'or et dans la petite il y a cent épis. Et je ne peux pas choisir pour vous.

 

- Je le peux, moi... car la réponse est toute justifiée. », dit Naseerah, « Alors que ma sœur cadette était en train de me sermonner, sans aucune raison, j'ai entendu tes appels. Sans attendre, je suis sortie et, comme Salamah ne voulait pas me suivre, je l'en ai obligée. C'est grâce à moi que nous avons pu t'arracher du trou dans lequel tu étais tombé et te soustraire au grand danger que tu courrais. Pour cela, c'est moi qui choisirait, en premier, le cadeau. Et c'est justice qui me sera rendue.

 

- Alors, choisit une caissette », lui répondit le lutin.

 

Gorgée d'envie et de désir, Naseerah s'accapara la grande caissette, et, celle-ci à peine ouverte, elle lança un cri de joie en découvrant les cent pièces d'or.

 

« - Avec cet argent j'achèterai la robe la plus belle et la plus chère du ksour et quand le maître du ksar me verra si bien vêtue, me reconnaissant comme la plus belle des filles, il se mariera avec moi », s'exclama-t-elle

 

Alors le lutin offrit la petite caissette contenant les cent épis, à Salamah qui, radieuse du cadeau reçu, dit :

 

« - Je vais me dépêcher de préparer la terre et cet après-midi je les sèmerai. »

 

Et Salamah, s'équipant d'une bêche et d'un râteau, sa petite caissette sous le bras, se dirigea vers ses champs afin de retourner la terre et, ainsi, de l'ensemencer sans retard.

 

Par contre Naseerah, pressée d'acquérir la plus belle des robes Haute Couture, était déjà arrivée, sur la place du marché, au cœur du Ksar Oulad Aïcha. Elle s'extasiait, dans le magasin de vêtements, devant des voiles dorés et incrustés de pierres, et des caftans, une tenue idéale en toute circonstance, parés d'organdi, de soie, de dentelles, de broderies, de brand de bourg et de fil d’or, de véritables ravissements.

 

Après de longues heures d'hésitations et de multiples essayages, son choix définitif s'était porté sur deux takchitas, l'une en satin brodé argent, avec voile et hijab, et l'autre en tissus précieux, satin et brocards, fente sur le côté et fleur noire brodée sur le buste, les plus jolies, sans aucun doute, pour plaire au maître du ksar.

 

Le commerçant, les ayant soigneusement pliées, avait déjà emballé les précieux achats. Naseerah s'apprêtait à en régler, elle fille d'un paysan peu fortuné de son vivant, leur prix exorbitant.

 

Mais elle possédait une cassette contenant cent pièces de monnaie d'or, une véritable fortune qui lui aurait permis, s'il elle en avait eu le souhait, de remplir sa garde robe.

 

Alors, avec mille précautions, prenant des airs alambiqués, elle daigna ouvrir son précieux coffret. Quelle ne fut sa surprise et sa grande déception! Comme par magie, les cent monnaies d'or s'étaient transformées en cent rondelles de bois.

 

Prise de colère et couverte de déshonneur, les yeux exorbités et les lèvres écumantes, elle jeta, avec une violence inouïe, la caissette sur la tête du commerçant. Tout en insultant et en invectivant le pauvre homme qui n'était strictement pour rien dans la triste mésaventure, Naseerah sortit du magasin en claquant et faisant voler en éclat la malheureuse porte.

 

Elle vit le lutin, installé à la terrasse d'un café, buvant un thé à la menthe. Vraie mégère, elle courut vers lui et lui lança:

 

« - Tu es un exécrable lutin puisque tu n'as pas hésité, un seul instant, à me tromper.

 

- Moi, je ne t'ai pas trompée. », rectifia le lutin, « Je t'ai seulement laissée choisir ce que tu méritais. Tu m'as menti et tu le sais. En effet, tu n'as jamais entendu mes cris mais ta sœur, elle, les a entendus et elle est venue à mon secours. Ton avarice t'a laissée sans argent. Et s'il est une personne indélicate à qui t'en prendre, il n'en existe qu'une: Toi. »

 

Le lendemain matin, comme tous les jours que Dieu faisait, Salamah était partie pour ses champs. A sa grande surprise, les cent épis qu'elle avait mis en terre la veille, s'étaient transformés en cent arbres auxquels pendaient des myriades de fruits d'or. Et, ne pensant qu'au bonheur qu'elle pouvait offrir aux autres, plus pauvres qu'elle, elle s'interrogea sur la manière dont elle pourrait s'y prendre:

 

« - Qu'est-ce que je vais pouvoir faire avec tous ces fruits d'or? En ai-je, moi-même, besoin? Je ne le pense pas. C'est vrai, je vis chichement, mais je vis heureuse, avec le produit des ventes de mes récoltes sur le marché, tous les jours que Dieu fait. Alors, je les donnerai aux pauvres parce qu'ils ont besoin, plus que de moi, d'un petit pécule et d'une petite maisonnette pour faire vivre modestement leurs familles et, surtout, pour survivre. »

 

L'après-midi même, Salamah cueillit les fruits dorés et, se refusant d'en garder un seul pour elle, un panier sous le bras, elle courut les ksours, les distribuant aux pauvres qui, tous, la remerciaient pour sa bonté et sa générosité. Et chaque jour, la récolte s'avérant toujours plus important et plus précieuse, elle agissait de même.

 

La prospérité de l'oasis se propageant dans les campagnes environnantes, le maître du ksar, de la descendance en ligne directe des Alaouites qui régnèrent sur Sijilmassa et Talifalet dès l'an 140 de l'Hégire, s'enquit de savoir d'où celle-ci pouvait provenir Et bien vite on lui apprit qu'une jeune orpheline, répondant au doux nom de Salamah, fille d'un modeste paysan décédé, en était à l'origine.

 

« - Maître, Salamah habite au Ksar Oulad Aïcha. Elle n'est pas très riche mais elle possède quelques arpents de terre qu'elle cultive avec amour et passion. On dit qu'elle a sauvé un lutin qui était tombé dans une cavité profonde. Pour l'en remercier, le génie lui avait offert cent épis qu'elle avait vite mis en terre. Depuis, ces épis ont grandi et sont devenus des arbres qui produisent des fruits dorés que la jeune orpheline, généreuse, distribue aux pauvres, dans toute la contrée de l'oasis de Talifalet, de votre possession.

 

- Qu'on aille la faire chercher et qu'elle soit amenée, sans qu'aucun mal ne lui soit fait, dans ma kasbah. Une âme aussi bonne, brave, charitable, bienfaisante, bienveillante et altruiste mérite toute ma reconnaissance. Et je la veux pour femme.

 

- Bien maître, nous ferons selon vos désirs. »

 

Et depuis ce jour là, un jour béni de Dieu, le bonheur avait régné dans la vie de Salamah.

 

Proposé par Catalan

 


par sylvie8454 publié dans : 3. - CONTES ET LEGENDES DU MAROC
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Samedi 22 mars 2008

Il était une fois dans une région du haut Atlas, un vieux sultan et n’est sultan que Allah le tout puissant, qui était de caractère exigeant mais très honnête ; il était père d'une jeune fille, la princesse Tinarouz. Très curieuse de tout, elle avait les yeux noirs comme la nuit, de longs cheveux et un voile qui recouvrait son visage.

Celle-ci désirait se marier le premier jour du printemps et voulait comme cadeau le coffre en argent qui se trouvait au grenier et qui appartenait à son arrière-grand-mère. Il ne restait que cinq jours avant l’arrivée du printemps et le roi n'ayant pas trouvé de jeune prince à qui marier sa fille.

Le jour arrivé, très triste et ennuyé, le sultan alla voir sa fille pour lui dire que se marier ce jour-là précisément était impossible. La princesse en fut très triste et alla dans sa chambre.

Myriam, sa servante lui demanda ce qui n'allait pas et la princesse lui répondit que son père avait dit qu'elle ne pouvait pas se marier le premier jour du printemps. Myriam, qui était un peu sorcière, lui donna une pierre et lui dit :

" Frotte cette pierre sur ton cœur et en même temps fais un vœu et il se réalisera le jour que tu désires "

Et elle fit ce que la servante lui avait demandé. Tinarouz demanda bien sûr de se marier avec un prince le jour de son anniversaire.

Quand le grand jour fut arrivé, le sultan fit descendre le coffre en argent jusqu'à la salle du trône et ordonna de le déposer devant sa fille.

Et quand Tinarouz l'ouvrit, elle poussa un cri. Car, devinez ce qu'il y avait à l'intérieur ? Dans le coffre, se trouvait un jeune homme aux yeux bleus comme la couleur de la rivière près de la Kasbah.

Le jouvenceau avait les cheveux bruns et un chapeau sur la tête.

" Qui êtes-vous ? " demanda la princesse.

" Je ne peux pas vous le dire, mais je suis venu vous demander votre main si votre père est d’accord "

Certes le prince était beau mais le sultan et la princesse se demandaient s'il était bon et courageux. Aussi le sultan dit-il au prince que pour obtenir la main de sa fille, il fallait combattre le « Ghoul à sept têtes » qui régnait dans la forêt près de la rivière qui coulait près de la Kasbah.

Le lendemain matin, le jeune homme, armé d'une épée, alla à cheval jusqu'à la forêt où se trouve le « Ghoul à sept têtes ».

Une fois arrivé à la forêt et au bout de quelques instants, le jeune homme sentit la terre trembler en dessous de lui et vit les arbres bouger. Soudain apparut, tachetée de rouge entre les arbres, une grosse créature à sept têtes vertes. Le « Ghoul » commença à jeter des flammes qui entourèrent le jeune prince qui s'alarma :

" Mon dieu, que vais-je faire entre ces flammes ? ".

Mais au moment où il allait se faire brûler, une chose surprenante arriva : la rivière sortit de son lit et se dispersa dans la forêt qui fut inondée. Le jeune homme profita de cet effet de surprise pour couper les sept têtes du « Ghoul » d’un seul coup puis il les emporta dans un grand sac et retourna au village sur son cheval blanc. Une fois arrivé au village, il déposa le sac devant le sultan et sa fille.

" As-tu tué le Ghoul ? " demanda le roi.

" Oui " répondit le jeune homme et il ouvrit le sac.

" Donc je t'accorde la main de ma fille " reprit le sultan.

Et c'est ainsi que la princesse put épouser le prince.

Ils vécurent quelque temps heureux, mais un jour qu'ils mangeaient au bord d'une rivière bleu turquoise, Tinaruz demanda au prince d'où il venait et comment il s'appelait.

" Si je te le dis, il nous arrivera un malheur "

Mais la princesse insista tellement que le prince allait commencer à lui dire qui il était et d'où il venait quand il se reproduisit le même événement qu'avec le «Ghoul» : la rivière ressortit de son lit en engloutissant le prince.

La princesse courut jusqu'à la Kasbah de son père. Désespérée, elle lui raconta la mésaventure du prince. Des jours passèrent et Tinaruz se lamentait de la disparition de son mari.

Un soir où la lune se reflétait dans la rivière, Myriam, qui se promenait au bord, vit apparaître de petites lumières qui dansaient sur l’eau et soudain la rivière s'ouvrit.

Myriam vit alors un vieil homme à la barbe blanche assis sur le trône et à côté de lui se trouvait un jeune homme aux yeux bleus comme l'eau, aux cheveux bruns et qui portait un petit chapeau.

Myriam reconnut tout de suite le mari de la princesse et courut avertir sa maîtresse de cette apparition :

" Princesse ! Princesse ! J’ai vu le jeune homme que tu as épousé "

" Amène-moi à lui " lui dit brusquement la princesse.

Myriam conduisit donc Tinaruz au bord de la rivière et comme sa servante, elle aperçut le vieux monsieur assis sur le trône et à côté de lui le jeune prince.

La princesse reconnut aussitôt son mari et se mit à danser devant lui et le vieux monsieur.

Tout à coup, le prince lui aussi reconnut celle qu'il avait épousée et éleva la voix :

" Père, regarde c'est avec elle que je me suis marié "

Le vieux monsieur demanda :

" Toi, belle étrangère, que fais- tu ici ? "

" Je suis venu chercher l'homme que j'ai épousé "

" Tu as la promesse du roi des eaux mais souviens-toi toujours de la raison pour laquelle tu as perdue ton époux. La curiosité peut être dangereuse ! "

Et les eaux se refermèrent laissant sur la rive Tinaruz et le prince, heureux de se retrouver.

 

 

 

par sylvie84 publié dans : 3. - CONTES ET LEGENDES DU MAROC
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Samedi 22 mars 2008

Dans un village du Maroc, tout près d'une grande et profonde forêt de chênes lièges, vivait Haïna et sa famille. Haïna était belle et heureuse, heureuse car elle allait bientôt épouser son cousin Adil.

 

Un jour, un jour, les filles du village se rassemblèrent pour aller ramasser du bois dans la forêt, naturellement Haïna les accompagna. Il faisait très beau ce jour-là et dans la journée personne n'avait peur de la forêt. En fin d'après-midi, les fagots de brindilles ficelés, toutes les filles se préparaient à reprendre le chemin du village mais, le ciel se couvrit rapidement d'épais nuages noirs, le tonnerre gronda, un orage allait éclater. Dans l'épaisse forêt, il fait bientôt très sombre et ce fut ce moment-là que choisit un roule, un ogre affreux si tu préfères, pour sauter d'un arbre au milieu des filles. Toutes s'échappèrent en criant très fort, Haïna courut très vite mais le roule se précipita sur elle, l'attrapa d'un seul bras et l'emporta dans sa tanière.

 

Personne, non personne, n’eut le courage d’annoncer à Adil, le fiancé de Haïna, la disparition de la jeune fille. Chacun savait que Haïna avait du être mangé par l’ogre. Chacun savait aussi que Adil le courageux voudrait venger Haïna. Mais chacun savait enfin que les roules étaient plus forts que tous les plus courageux jeunes hommes de la terre alors pourquoi laisser partir inutilement Adil se faire tuer, hein !




par sylvie84 publié dans : 3. - CONTES ET LEGENDES DU MAROC
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Samedi 22 mars 2008
communauté : Le champ du monde

Un chrétien, un croyant et un juif étaient en voyage, ils n’avaient pour se rassasier qu’un plat de couscous pour une personne.


- Il faudrait dit le chrétien, jouer aux dés et le gagnant mangera le couscous.


- Non répondit le croyant, il est écrit : « les jeux de hasard sont une abomination inventée par Satan » ; pourquoi ne lutterions-nous pas entre nous et le vainqueur mangerait le couscous ?


- Non, protesta le juif, la force brutale n’est pas un argument, je propose ceci : « nous dormirons tous les trois et au réveil, celui qui aura fait le plus beau rêve mangera le couscous.


Il n’y avait rien à dire contre cette sage proposition. Ils s’endormirent tous les trois. Lorsqu’ils se réveillèrent chacun d’eux raconta son rêve.


Le chrétien dit : moi, j’ai rêvé que je rencontrais Saint Pierre. Il me disait « tu as toujours été un bon chrétien, fidèle à la loi de Dieu, je vais te faire visiter son paradis ». Alors Saint Pierre, me prenant par la main m’a promené au pays des bienheureux, des anges chantaient sur la harpe les louanges du très-haut ; cette musique m’a réveillé.


Le croyant dit : moi, la jument Bourak m’en emporté au ciel, j’y ai trouvé le Prophète, sur lui le salut ! Il m’a adressé la parole en ces termes : « mon fils tu as toujours suivi es préceptes du Livre, je veux te faire connaître le Jardin destiné aux croyants ». Me prenant par la main, il m’a emmené à travers ce Jardin. Il y avait partout des fleurs, des bassins, des fontaines… L’éblouissement m’a réveillé.


Le juif paraissait un peu embarrassé.


- Raconte-nous donc ton rêve, dirent les deux autres.


- Oh ! répliqua le fils d’Israël, le mien est bien simple comparé aux vôtres, cependant il n’est pas sans mérite. Moi, j’ai rêvé que je rencontrais un homme ; ce n’était ni Saint Pierre, ni le Prophète, ce n’était qu’un homme, mais il était armé d’une trique ; il ne m’a pas proposé de me faire visiter le Paradis ou le Jardin des Bienheureux, il ne m’a pas fait de compliments, mais il m’a menacé de me casser la tête si je ne mangeais pas à l’instant. Alors, je vous ais appelés, seulement, comme l’un de vous était au Paradis et l’autre au Jardin, vous ne m’avez pas entendu… et j’ai mangé le couscous…