4. - CONTES ET LEGENDES DE TUNISIE

Dimanche 13 avril 2008 7 13 /04 /2008 07:46

Enniya portait, enfilé autour de son petit bras, l’écheveau des ficelles   auxquelles pendaient les amulettes.

Enniya était marchande d’amulettes, ces petits sachets porte-bonheur de papiers multicolores que l’on porte en pendentifs et qui contiennent des médecines variées : poudre, racine, pierre, résine ou gomme, destinées à tout prévenir, tout guérir.

Depuis des jours, Enniya proposait ses amulettes aux touristes qui débarquaient par charters entiers dans la grande ville du sud.

«- Amulettes Madame ! Porte-bonheur Monsieur ! Garanti l’argent, l’amour ! ». Mais aucun touriste ne lui achetait ses médaillons de papier. Enniya n’était pour eux qu’un petit tas de guenilles sales aux grands yeux noirs mangés de fièvre, mais si cocasse avec ses petits pendentifs aux couleurs vives pendus à son bras et qui ferait une si belle photo souvenir.

La fillette n’avait pas mangé depuis plusieurs jours. Elle avait bu, régulièrement, un peu d’eau à la fontaine carrelée de faïence bleue et n’osait pas rentrer chez son père avant d’avoir vendu sa marchandise, par crainte d’être battue.

Depuis la mort de sa grand-mère, la vieille Aïcha, personne ne s’occupait plus de la fillette. Aïcha avait été sa seule amie et cette amie manquait beaucoup à la petite fille qui l’appelait doucement et lui demandait de   venir la chercher pour lui raconter, comme naguère, ses histoires préférées. En ce temps-là, Aïcha la prenait sur ses genoux et la berçait doucement en modulant ses vieilles mélopées, ou lui contait les histoires des jnouns facétieux, de Joha le naïf ou d’Aïcha kandicha qui est le diable.

Mais la vieille Aïcha n’était plus là pour prendre soin de la petite Enniya qui était seule dans la chaleur caniculaire de l’été.

Elle rasait les murs à la recherche d’un peu d’ombre, mais la chaleur sourdait des murs eux-mêmes.

Enniya trouva un recoin ombreux contre le mur d’un grand hôtel ocre, à l’architecture de kasbah, entouré de palmiers. Elle s’assit à même le sol, s’adossa au mur et ferma les yeux. Toute force l’avait quittée.

Son paquet d’amulettes posé à son côté dans le sable brûlant, la petite marchande joua à les assortir par couleurs. Elle savait ce que chacune contenait de bonheur et était si lasse que la tentation d’en utiliser une, rien qu’une, fut la plus forte.

L’enfant passa sa tête brune dans la ficelle et l’amulette bleu clair se balança sur sa poitrine. C’était celle qui rafraîchit et étanche la soif.

Aussitôt, le mur de l’hôtel devint transparent et Enniya se trouva au bord de la piscine à l’eau bleutée, enchâssée dans un écrin de bougainvillées mauves. Des touristes, ceux-là mêmes qui la photographiaient chaque jour, y nageaient en riant. La fillette s’assit timidement sur le bord et plongea dans l’eau transparente ses pauvres pieds crevassés par le sol brûlant. Elle s’enhardit à arroser ses jambes bronzées, ses bras, son visage et ses épaules.

L’enfant se sentit peu à peu revivre et, comme l’effet de la première amulette allait cesser, vite elle en prit une seconde et la suspendit à son cou, puis une autre et une autre encore, et toutes ses amulettes bleues jusqu’à la dernière. Enniya se sentait bien, n’avait plus mal à ses petits pieds et appréciait la fraîcheur du lieu. Mais la faim la tenaillait.

Alors elle choisit l’amulette couleur de corail, celle qui calme la faim, et noua la ficelle sur sa nuque frêle.

Instantanément, une des tables dressées au bord de la piscine se couvrit des mets les plus riches, les plus variés : plantureux couscous fumants dans leurs plats de céramique bleue ou verte, tajines au parfum de cannelle dans leurs terres vernissées, poulets safranés sur leurs lits de citrons confits, rondes kesras piquetées d’anis, cornes de gazelles enfarinées de sucre fin, pâtisseries ruisselantes de miel, côtoyant le soleil des oranges, la transparence d’ambre clair des dattes, le pourpre des figues noires éclatées, l’incarnat des tranches de pastèques rehaussé de leurs noirs pépins, le rubis des grenades juteuses.

Enniya n’avait jamais vu autant de nourriture, humé de si appétissants fumets. Elle dévorait et riait en même temps.

Elle enfila toutes ses amulettes corallines afin que dure le festin. Et le festin dura le temps du sortilège.

Mais peu à peu le mur de l’hôtel redevint opaque, la petite fille se retrouva assise dans la poussière blonde, adossée à un mur ocre. Dans le sable, il ne restait plus qu’une amulette, celle de couleur verte qui permet de rejoindre ceux que l’on aime où qu’ils se trouvent si on le désire très fort.

Doucement, Enniya ajouta l’ultime collier à ses pendentifs en appelant sa grand-mère.

Et la vieille Aïcha lui apparut, qui lui tendait les bras.

Riant de toutes ses belles dents, si blanches dans son visage brun, la fillette courut vers Aïcha. Aïcha prit dans sa grande main, si douce, la menotte de la petite Enniya et, lui racontant les belles histoires d’autrefois, elle l’emporta à jamais sur les chemins du rêve, ces chemins où nul ne connaît plus jamais la soif ni la faim.

Tu me crois si tu veux.




Par sylvie8454 - Publié dans : 4. - CONTES ET LEGENDES DE TUNISIE
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 21:09

Le jardinier du Sultan vient de découvrir que l’un des pêchers de la plantation a donné naissance prématurément à un fruit particulièrement beau et quelque peu plus grand que nature ; le sultan, ayant été sollicité à venir admirer ce fruit, donna ses instructions à son jardinier de bien surveiller l’arbre et de lui présenter ce fruit une fois devenu mûr, et c’est ainsi que l’ouvrier veilla à cet arbre attentivement, jour et nuit, allant jusqu’à prendre ses repas sur place pour ne pas le perdre de vue.

Un jour il fut surpris par un aigle qui vint se percher sur l’arbre créant un grand fracas : la branche où pendait le fruit en fut cassée et la pêche tombée par terre !

Tout attristé par cet incident, le jardinier s’empressa de rapporter au Sultan ce fâcheux évènement, mais, à sa grande surprise, le Roi ne se montra pas contrarié et lui répondit :" ne t’en fais pas, cet aigle en aura pour son acte."

Quelques mois plus tard, le jardinier surprit une grosse couleuvre sur le même arbre en train de dévorer l’aigle, qui, peu à peu, fut entièrement englouti ; il alla sur le champ en informer le Sultan qui lui répondit sur le même ton :" cette couleuvre en aura pour son acte !"

Au cours de la même année, alors que notre jardinier est en pleine besogne, il se rendit compte qu’il vient de couper la tête de la couleuvre par un coup de pelle, alors que ce gros reptile était enfoui dans le sable ! Croyant avoir remporté exploit, il alla raconter son aventure au Sultan ; celui-ci lui répondit sobrement :" tu en auras pour ton acte !"

Cet évènement fut à peine oublié que les Gardes du Sultan préviennent un jour tous les ouvriers travaillant dans la plantation de devoir quitter les lieux, car le harem viendra se baigner dans la piscine ; c’est ainsi que, sitôt dit, sitôt fait : tout le monde déserta les lieux sauf notre jardinier qui n’a pas eu écho de ces instructions.

Alors qu’il prenait une paisible sieste dans l’ombre d’un arbre situé près de la piscine, il vit un groupe de femmes venir dans sa direction ! Sentant le danger et craignant pour sa vie, il grimpa dans l’arbre et se cacha sous les branches ; dans cette position, il put admirer un beau spectacle de femmes nues se baigner et s’amuser dans la piscine, quand tout à coup, ayant découvert son existence, ces femmes s’affolèrent, sortirent de l’eau en remettant en hâte leurs voiles et en laissant échapper des cris stridents ! Les gardes accourent, emportent le jardinier et l’enferment. La reine avisa le Sultan qui prononça sur le champ l’arrêt de mort à l’encontre du pauvre jardinier.

Le lendemain matin, jour d’exécution de la sentence, le bourreau conduisit le condamné vers l’échafaud et entreprit les préparatifs nécessaires à l’accomplissement de son œuvre : s’adressant au condamné : "quel est ton dernier vœu," ? Lui demanda t-il. "si vous le permettez, j’aimerais bien être reçu par le Sultan, j’aurais à lui dire juste un petit mot, répondit le jardinier".

En présence du roi, le jardinier se permit : "Sire, je suis condamné à mort malgré mon innocence, j’implore votre indulgence". Le Sultan ne voulut rien entendre ; alors au jardinier d’ajouter : "Sire, c’est bien votre majesté qui, un jour m’avait dit que l’aigle, ayant cassé le pêcher, en aura pour son acte, et que la couleuvre qui a dévoré l’aigle en aura pour son acte, et que, moi, en aurai aussi pour mon acte, pour avoir tué la couleuvre. " Sire, vous venez de me condamner à mort injustement, vous en aurez également pour votre acte !"

Ayant entendu ce discours, le Sultan s’empressa alors de libérer le jardinier, dans un sentiment de colère mitigée.

Rédigé par Syfax selon un conte de abdelaziz El Aroui 


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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 20:51

Deux voisines l’une pauvre Sarah, et la deuxième riche Léa, habitent un village au bord d’une rivière. Pessah étant proche, et la famille aisée n’a pas de problème pour faire les achats pour la fête. Les indigents eux n’ont pour ainsi dire aucun moyen de faire face aux dépenses nécessaires pour acheter un mouton, des galettes et d’autres aliments essentiels et des habits neufs pour leurs enfants.

Voulant faire bonne mine Sarah prend sa lessive au lavoir : si elle n’a pas de solution pour le renouvellement de la garde-robe de ses petits, au moins les vieux vêtements seront propres et y sera annulé tout soupçon de hamets.

Elle est au travail depuis un moment, quand un vieil homme s’approche d’elle et la questionne :

- Que fais-tu ma fille ?

- Je lave mon linge est sa réponse.

- Pourquoi ? Tu n’as pas de nouveau ?

- Oui, grâce au ciel, notre armoire est pleine.

- Tu as acheté un mouton ?

- Oui, grâce au ciel.

- Tu as tout le nécessaire pour fêter Paques ?

- Oui grâce au ciel, nous ne manquons de rien.

- Que la grâce du Seigneur soit faite, souhaite le vieillard et offre à la bonne dame une pièce d’or pour des futurs achats sollicités.

Sarah retourne chez elle, et sa surprise est grande de trouver sa cuisine pleine d’aliments, un mouton est attaché dans la cour et son armoire est toute pleine de costumes, tailleurs robes et linge neufs. Apres quelques achats, il lui reste encore beaucoup de monnaie. Sa voisine Léa curieuse, lui demande la provenance de tout ce bien. Sarah lui raconte sa rencontre avec le vieux monsieur de A jusqu’à Z, et tout le bien qui lui a été attribué.

Pleine de convoitise, Léa s’habille d’une robe élimée, et se rend au lavoir. Elle est au travail depuis un moment, quand un vieil homme s’approche d’elle et la questionne :

- Que fais-tu ma fille ?

- Je lave mon linge est sa réponse.

- Pourquoi ? Tu n’as pas de nouveau ?

- Non, malheureusement, notre armoire est vide.

- Tu as acheté un mouton ?

- Non, je n’ai pas eu le moyen de le faire.

- Tu as tout le nécessaire pour fêter Pâques ?

- Non, j’attends la grâce de D.

- Que la grâce du Seigneur soit faite, souhaite le vieillard.

Léa revient chez elle, et sa surprise est grande de trouver sa cuisine vide d’aliments, le mouton, tout a l’heure attaché dans la cour n’est plus, et en plus son armoire ne contient plus les vêtements qui l’ornaient. Et, misère son portefeuille est dépouillé. Le prophète Elie, car c’est lui, l’a punie pour sa cupidité.

La morale de cette histoire, est que si tel est heureux de son sort, le ciel l’aidera, et si untel est mécontent malgré sa richesse, il ne sera jamais satisfait.

Les voies du Tout Puissant sont impénétrables.

Raconté par Camus selon Dov Noye : soixante et onze contes et légendes provenant de Tunisie.



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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 20:39

Armand a loué une nouvelle maison avec son épouse, sa fille et sa mère. Il venait de se lever du lit, et terminait sa toilette, quand on frappa à la porte d’entrée. Il courut ouvrir, les cheveux encore mouillés, et la serviette a la main. C’était le propriétaire venu lui souhaiter la bienvenue et lui présenter ses meilleurs vœux. Armand étant sourd, comme tous ses proches d’ailleurs, n’entendit pas la formule de politesse et répondit de mauvaise humeur :

- Je vous ai promis Ya Sidi, de vous payer aujourd’hui le loyer du premier trimestre... Avant midi vous serez réglé.

Sur ces paroles, il retourna à ses préparatifs, fit une courte prière, sans oublier de demander la bénédiction divine à sa demeure actuelle. Ensuite il alla a la cuisine siroter un bon café, essaya de repousser ce petit nuage de colère et pour ce, se confia a sa femme en maugréant contre le manque de patience du propriétaire et ne manqua pas de faire des commentaires a ce sujet.

Sa femme, bien entendu n’a rien compris et pensa que Pâques approchait et que son mari voulait lui offrir une robe.

- Achètes le tissu qui te plaira et choisis la couleur, je ne suis pas difficile, tu le sais, répondit-elle. Sur ces mots, pleine de joie elle alla réveiller sa fille.

- Pressons nous de faire le ménage, recommanda-t-elle, ton père m’achète du tissu pour une robe. L’après midi sera employé a la couture. La fille en âge de se marier, mais aussi sourde que ses parents, pensa a un mariage proposées éventuellement, et toute rougissante répondit :

- Maman, l’homme que papa choisira sera mon mari. Tu sais que je suis obéissante. Et elle s’empressa d’aller annoncer la bonne nouvelle à sa grand-mère.

Ayant mangé trop de viande grasse dans la mloukhia d’hier, la grand-maman avait le ventre dérangé. Elle poussa un profond soupir, en pensant qu’on l’invitait a déjeuner dit :

- Comment vous avez cuisiné ? C’est bien ma chance ! Vous avez préparé l’assida justement quand je fais ma diète ?

Camus


Par sylvie8454 - Publié dans : 4. - CONTES ET LEGENDES DE TUNISIE
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 20:32

On raconte qu’un jeune prisonnier de l’Armée arabe, qu’elle avait adopté comme son fils, et dont elle était tombée follement amoureuse (son nom était Khalèd), la trahit, passa à l’ennemi et lui livra les plans secrets des batailles qu’elle s’apprêtait à livrer. L’Histoire orale raconte que ses servantes, qui dormaient à ses pieds, s’éveillaient à ses pleurs et à ses lamentations. Du plus profond de son rêve elle appelait son amant et gémissait, brûlante de désir, "Khalèd, mon amour". Son amour déçu lui fit perdre ses esprits. Depuis le départ de son amant, elle se conduisait comme si elle cherchait à se perdre. Le malheur qui l’avait frappée la poussa à une conduite suicidaire qui s’exprima par des orientations politiques et stratégiques dénuées de toute logique. Le mal d’amour qui la rongeait lui fit prendre des décisions irrationnelles, comme celle de la « Terre brûlée », politique étrangère à celle qu’elle avait suivie jusqu’alors, et qui détourna d’elle les villes riches de la côte. Les errements de son amour, la conduisirent à croire que devant ces ruines, l’ennemi, concluant qu’il ne pouvait jouir des richesses des villes, abandonnera la partie. Et alors, pensait-elle dans son égarement, son amant lui reviendra.

Tu vois, ajouta Nourit, en Histoire tout tourne autour de guerres de conquêtes et des guerres d’indépendance, de l’amour et de la trahison ! Et elle partit d’un grand rire face à l’étonnement qui se lisait sur mon visage. "Mais dis-moi, Nourit, comment se fait-il que les chefs des tribus l’aient choisie comme leur chef suprême, alors qu’il ne manquai pas, parmi eux, d’autres chefs valeureux - et qui avaient fait leurs preuves ? "

Elle n’eut pas le temps de me répondre ; les premiers du groupe venaient d’arriver sur la Metsada. David s’approcha de moi, me fit un clin d’œil qui voulait en dire long. Je repoussai avec humeur ses sous entendus, et me replongeai dans l’histoire que Nourit venait de me raconter. Elle avait réuni autour d’elle le groupe et s’appliquait à nous décrire le palais forteresse qu’avait construit Hérode et la tragédie qui s’y était déroulée.

Elle lut en français quelques extraits du livre de Flavius Josèphe "La guerre des Juifs contre les Romains", et se concentra sur le discours qu’ Eleazar Ben Yaïr adressa aux combattants Zélotes qui s’étaient réfugiés sur la Metsada assiégée par les Romains. Eleazar leur demanda de donner la mort à leur femme et à leurs enfants et de se tuer ensuite, afin que personne ne soit pris comme esclave à Rome. "Pendant que nous avons encore l’usage libre de nos bras et de nos épées, leur dit-il, qui nous empêche de nous affranchir de la servitude ? Mourons avec les personnes qui nous sont les plus chères plutôt que de vivre esclaves." Sara l’interrompit grossièrement et souligna que leur acte tenait de l’absurde, qu’il était inhumain et immoral. "Il s’agissait pour eux d’un choix moral, lui répondit Nourit. "Non, reprit Sara, il s’agit d’une malformation de l’esprit et d’une vision perverse, qui n’a rien à voir avec la morale". Quoique je fusse d’accord avec Sara, je la haïs de plus belle.

La conversation sur l’héroïsme des combattants de la Metsada se poursuivit, mais je n’y étais plus. J’étais avec Dahya El Kahina qui, petit à petit, dans mon imagination, prenait le visage de Nourit. Tu sais que notre imagination a plus d’un tour dans son sac. Elle ne déforme pas seulement le passé, elle ne transforme pas uniquement la réalité sous nos yeux, elle a le pouvoir de faire de nous des étrangers à nous-mêmes, ange ou démon. Souviens-toi de Don Quichotte et d’Othello. C’était comme si j’étais envoûté. Je ne pouvais penser à autre chose. Ce n’était pas Nourit décrivant à notre groupe d’étudiants les prouesses des combattants de la Metsada face aux soldats de Sylva, que je voyais. Je voyais, comme dans un rêve éveillé, Nourit-Dahya exposer son plan de bataille aux chefs des tribus berbères et les exhorter à combattre vaillamment, jusqu’au dernier des braves. Elle les enthousiasmait et ils poussaient des cris de guerre à faire trembler le plus téméraire de leurs ennemis. Une sorte de "Passionnara" antique. Je pouvais discerner dans leur regard l’admiration qu’ils lui portaient et je saisis, comme un éclair, qu’ils étaient prêts à mourir pour elle.

Une femme qui commande en temps de guerre - et au cœur de la bataille - à des hommes, à plus forte raison à des chefs de tribus du désert, n’est pas aujourd’hui chose commune, me dis-je. Cependant, je comprenais, qu’à cette époque et dans une société non encore islamisée, la chose pouvait être possible, si cette femme possédait des dons uniques. C’est sûrement la raison pour laquelle ils la reconnurent comme prêtresse, chef suprême et stratège, me dis-je."

Claude se tut, et son regard erra vers l’horizon des monts de Jordanie. Au bout de quelques instants, je lui demandais si son histoire se terminait ainsi. "Non, s’exclama-t-il, je t’ai bien dit que l’ascension de la Metsada et l’histoire de Dahya El Kahina furent l’évènement le plus important qui a changé ma vie !

Je suis tombé amoureux de Nourit, qui s’était transformée à mes yeux en Dahya El Kahina, et je sentis qu’elle n’était pas insensible à mes sentiments et à la cour que je lui faisais. Ce sentiment s’accentua encore à la fin de l’excursion. Le bus nous attendait au pied de la rampe, cette sorte de remblai de terre qu’avaient construit les romains sur l’autre flanc de la Metsada, afin de faciliter leur attaque. Il devait nous déposer à l’auberge de jeunesse de la ville d’Arad, où nous devions nous séparer de Nourit. Nous descendîmes la rampe les derniers. Je lui demandais alors qu’elle avait été la fin de la Kahina. "L’histoire raconte, me répondit Nourit, qu’après les nombreuses défaites qu’avait subies le chef de l’armée ennemi, Hassan Ben Nâamon, celui-ci réussit à mettre sur pied une armée de 120.000 hommes, auxquels s’étaient joints les combattants des tribus berbères qui s’étaient converties à l’Islam.

Cette armée formidable attaqua la Kahina sans répit, la poursuivit et la traqua jusque sur les montagnes les plus escarpées. Lorsqu’elle vit, dans sa dernière bataille, que l’ennemi la pressait de tout coté, elle se jeta, chevauchant sa monture, dans un puits profond afin de ne pas tomber vivante aux mains de son ennemi. Lorsqu’on annonça à Hassan Ben Naâmon, qu’elle s’était suicidée au fond d’un puits, il ordonna qu’on la retirât de ce gouffre, lui trancha la tête et l’envoya au Calife Abdel Malek. Cela s’est passé en l’année 703. Depuis et jusqu’à ce jour, ce puits se nomme "Bir el Kahina", "Le puits de la Kahina". Ce puits est devenu un lieu de pèlerinage pour les tribus berbères."

Nourit prononça ces dernières phrases comme dans un chuchotement. C’était comme si elle se parlait à elle-même. Elle respirait lourdement, laissa échapper un profond soupir, un long sanglot. Sa voix se transforma. Elle devint basse, rauque, méconnaissable. C’était comme une voix qui émanait d’un gouffre. Elle m’envoûtait, et je sombrais dans son rêve comme s’il était mien. Son regard devint incandescent. Le feu qui brûlait en elle me caressa, et j’en ressentis un bonheur indéfinissable. Je voyais se dérouler devant moi la scène de son suicide et je tendis la main, en vain, pour l’arrêter. Je me mis à trembler de tous mes membres, inondé d’une sueur froide qui trempait ma chemise. Perdue dans son rêve, Nourit trébucha sur une pierre. Je saisis sa main pour l’aider, et m’éveillai complètement. Elle revint à la surface et me la laissa.

"Il faut nous presser, me dit-elle, les autres sont déjà dans le bus". "J’ai encore une question à te poser au sujet de Dahya. Comment se fait-il que jusqu’à sa fin cruelle, certaines tribus continuèrent à la soutenir, alors qu’elles avaient certainement compris que la partie était perdue ? " Je vois deux raisons à cela me répondit Nourit, en retirant sa main.

La première se résume, à mon sens à leur amour de la liberté. Les hommes de ces tribus préféraient mourir plutôt que de perdre leur indépendance. La seconde est qu’ils croyaient foncièrement que Dahya parviendrait à renverser la situation. Les Berbères croyaient en la force de la magie, dont, selon la tradition orale, elle détenait les secrets. Les secrets de la magie, en ces temps là et au sein de ces cultures, étaient un don et un pouvoir, que détenaient les prêtres. A plus forte raison si ceux-ci étaient en sus des chefs qui avaient fait leurs preuves.

Dahya descendait d’une famille de prêtres qui dirigeaient la tribu juive des Géraouiya. Le nom de Géraouiya dérive de la déformation du terme Hébraïque "Guère", dont la signification est "converti au Judaïsme". On sait que de nombreuses tribus berbères animistes s’étaient converties au Judaïsme sous l’influence de Juifs exilés, qui s’étaient installés en Afrique du Nord, après la destruction de Jérusalem en 70 de notre ère, et la chute de la Metsada, trois ans plus tard. Certains historiens soutiennent même, que la conversion de certaines tribus remonte à plus tôt encore, à l’époque de la destruction du Premier Temple de Jérusalem et de la première grande vague d’exil des Juifs de leur pays, en 587 avant notre ère. Le père de Dahya régnait sur la ville de Biskra, capitale de l’Aurès à cette époque. Elle était sa fille unique. Il lui enseigna donc la Science des Prêtres afin qu’elle soit son héritière. Les arcanes de la magie, à cette époque, en faisaient partie. Ceux-ci comprenaient aussi les secrets de la thérapie - et même, disait-on ceux de la thaumaturgie - ceux du sens des rêves et des signes prédisant l’avenir. La renommée de Dahya dans ce domaine, était connue de toutes les tribus berbères de l’Aurès, qui soutenaient qu’elle ne s’était jamais trompée."

Claude s’enferma de nouveau dans un long silence, perdu dans son rêve. Le soleil était à son zénith, signe que l’équipe qui devait nous remplaçait allait bientôt arriver. J’étais impatient de connaître la suite de son histoire et le pressais de parler. "Et alors, lui dis-je, qu’est-il donc arrivé avec Nourit ? Ne me laisse pas sur ma soif, raconte moi la suite ! "Je suis retourné à mes études à Paris, me répondit Claude. Cependant mon esprit et mon cœur étaient avec La Kahina. J’étais arrivé à la conclusion bizarre que ce n’était pas de Nourit dont j’étais amoureux, mais de Dahya El Kahina. C’est elle qui nous lie l’un à l’autre, me dis-je. Comme son ombre avait envoûté Nourit, elle m’a envoûté aussi. J’en étais passionné et la recherchais comme pris de folie. Je la recherchais dans les romans que des passionnés comme moi avaient écrits sur elle, comme pour s’en libérer. Je la recherchais dans les livres d’histoire, dans les nombreux Mémoires et Etudes, écrits tout le long du 19ème siècle. Je la recherchais parmi les vieux documents, dans les cartons d’archives, chez les historiens, chez les bouquinistes, dans les librairies de livres anciens. Je m’adressais aux plus sérieux des historiens, comme Ibn Khaldun et Gibbon. Eux aussi se sont rendus, pieds et poings liés, à ses charmes.

Le fameux historien et sociologue de la fin du 14ème siècle, Ibn Khaldun, dont la statue trône symboliquement dans une des avenues principales de Tunis, face à la Cathédrale qui rappelle les grandes heures du pouvoir de la France en Tunisie, a longuement disserté sur "elle". Dans son fameux "Mouqdima", une introduction à son livre "Quiteb el Ibère" qui traite de l’Histoire des Berbères, il disserte sur la politique de la "Terre brûlée" qu’elle avait adoptée afin d’arrêter l’armée ennemie. C’est cette politique catastrophique qui, selon lui, l’a conduite à la défaite. C’est elle, à ses yeux, qui a réduit les villes riches de la plaine et de la côte au désastre. C’est elle qui a soulevé contre La Kahina leur population.

Gibbon, au chapitre 51 de son livre "Décadence et chute de l’Empire romain", reprend le narratif de Ibn Khaldun et son point de vue sur la cause de la défaite de La Kahina. Ces deux grands historiens soutiennent la même thèse. La politique de la « Terre brûlée », selon leur conception, exprimait une antinomie insurmontable, qui court tout le long de l’histoire des peuples de cette période entre les valeurs qui motivent les populations des villes et celles qui motivent les populations agricoles. Entre les Civilisations urbaines et les Civilisations agraires. Entre la ville et la campagne, le village agricole ou le douar pastoral. Selon Gibbon cet antagonisme s’exprime clairement dans le discours que La Kahina adressa aux chefs des tribus qui combattaient sous son commandement. "Nos villes, leur dit-elle, avec tout l’or et l’argent qu’elles cachent, attirent les armées arabes et les poussent à la guerre. Ces métaux précieux, pour lesquels nous n’avons aucune considération, n’ont jamais été pour nous les motifs de notre démarche. Nous nous suffisons du simple produit de la terre. Détruisons donc nos villes, enterrons sous leurs décombres ces trésors qui nous sont nuisibles".

Cependant, les explications de ces historiens ne me satisfirent pas. Mon cœur se portait naturellement vers l’explication, plus simple et plus solide, de Nourit. Elle représentait à mes yeux une interprétation plus plausible de la conduite de Dahya. Je l’adoptais donc et me plongeais avec une passion effrénée, dans les écrits que j’avais rassemblés, à la recherche des preuves qui allaient dans le sens de l’explication qui soutenait que c’était son amour déçu qui avait poussé Dahya à adopter cette politique de la "Terre brûlée" - et aucune autre raison, morale ou stratégique ! Plus j’approfondissais mon empathie avec elle, m’identifiait à ses sentiments, et plus je ressentais que je détenais le véritable motif de sa conduite. Trahissant ma foi dans le rationalisme, j’allais vers la mystique. Je me pris à croire en ses vertus, à croire qu’elle me rapprocherait de Dahya, qu’elle m’aiderait à approfondir mes contacts spirituels avec elle. Dans ma volonté de faire quelques pas de plus, je me suis tourné vers sa langue. Je pris contact avec des membres actifs du Mouvement pour la Défense de la Culture Berbère, avec ceux du Comité Amazigh Mondial. Je fis la connaissance de son président, qui souligna à plusieurs reprises dans la longue conversation que nous avons eue, que "Amazigh" (Imazighen au pluriel) signifiait dans leur langue "Homme libre", qui est le synonyme de Berbère. Je me suis donc mis à l’étude du Tamazigh’t, la langue de Dahya, la langue courante des Juifs berbères qui l’utilisaient parallèlement à l’Hébreu dans leur bénédictions et leur rituel. C’est la langue que l’on parle encore aujourd’hui dans cet espace géographique de l’Afrique du Nord, que l’on nomme Tamzgh’a.

Je ne pourrais pas définir le malaise étrange qui me hantait au fur et à mesure où je m’immergeais dans ce que je supposais être le climat culturel qui avait vu Dahya s’épanouir et se perdre : plus j’avançais vers elle, plus elle s’éloignait de moi. Quoique je fusse avec elle le jour et la nuit, j’avais l’impression que son personnage réel s’éloignait de moi. Je sentais que tout ce que je faisais pour m’agripper à lui était vain. Plus je m’efforçais de m’en rapprocher, plus il me fuyait. Et pourtant, je sentais que la Dahya, que j’avais su si bien imaginer sur la Metsada, m’appelait, qu’elle me demandait de ne pas la quitter, de ne pas l’ignorer, de ne pas l’oublier. "Etais-ce moi qui la recherche ou bien est-ce elle qui me poursuit et me fuit à la fois", me demandais, complètement perturbé.

Perdu, je m’abandonnais à une sorte de nostalgie qui me fit sombrer dans une mélancolie noire. Je perdis le goût des choses de la vie. Cependant, et cette réaction est bien connue des psychologues, au moment où j’atteignis le fond du gouffre, comme par miracle, je me redressai et revins à moi. Un beau jour, je décidai de tout abandonner, ma maison, mes amis, mon travail à l’Université de Nanterre, je quittais tout et fis mon Alya."

Claude se tut à nouveau. Au pied du tel où se trouvait notre poste d’observation, l’équipe qui devait nous remplacer nous fit signe qu’elle arrivait. "Et alors, lui ais-je demandé, impatient, que s’est-il passé ensuite ? As-tu revu Nourit ? "Mais bien entendu, me répondit Claude avec un grand sourire ! Je l’ai revue, nous nous sommes mariés, nous avons deux enfants, nous sommes heureux ! J’ai compris que cette course folle, cette poursuite vaine d’une ombre du passé - et du passé en général - est chose absurde qui détruit notre âme et déforme notre jugement. Cela tient du pathologique.

Nous avons donc décidé d’un commun accord, Nourit et moi, d’aimer le présent, de goûter avec amour à ce qui existe concrètement, là, devant nous, et de ne plus jamais penser à Dahya El Kahina. Nous avons juré de ne plus la rappeler, ou même de prononcer son nom. Cependant, la nuit, il arrive parfois, au plus profond de nos effusions intimes, que Nourit gémisse à mon oreille, comme dans un rêve, "Khalèd, mon amour".

nouvelle de Reuven (Roger) Cohen


Par sylvie8454 - Publié dans : 4. - CONTES ET LEGENDES DE TUNISIE
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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 20:28

Un jeune lion s’est épris d’une belle jeune fille vivant dans la jungle avec sa famille, il demanda sa main et, malgré la protestation de ses parents, la jeune fille consentit à ce mariage. Après la célébration des noces, le lion emmena son épouse dans sa tanière où il l’entoura d’amour, de tendresse et de bienveillance, il subvint généreusement à ses besoins ce qui la rendit heureuse en sa compagnie pendant de longues années. Un jour, elle exprima le souhait de rendre visite à ses parents qu’elle n’a pas vu depuis bien longtemps ; le lion y consentit de bon gré, l’y accompagna, la laissa en leur compagnie pour une semaine et retourna vers sa tanière.

Au moment où il revient la reprendre, il intercepta cette discussion entre la mère et sa fille :

- La mère : tu ne m’as encore rien dit sur ton ménage, ni sur tes relations avec ton mari !

- Oh maman, tout va bien entre nous, il m’aime et me gâte, je me sens vraiment heureuse avec lui.

- Il ne peut tout de même pas être sans aucun défaut ! Après un petit moment de silence, la fille répondit :

- Oui maman, je ne peux vraiment rien te cacher, mon lion pue énormément par la bouche, ce qui me gène un peu trop.

Quelques instants plus tard, le lion s’annonça, et ramena sa femme à la tanière conjugale comme s’il n’a rien entendu.

Dès leur arrivée, il alla chercher une épée et la présenta à son épouse : tiens cette épée lui dit-il, ce qu’elle fit d’un air surpris.

- Maintenant, tu dois me frapper par cette épée de toutes tes forces !

- Comment puis-je faire cela, est-ce possible ?!

- Puisque je te le demande, il faut le faire !

- Impossible, je ne me sens pas capable de te faire du mal !

Mais, devant l’air insistant et menaçant que prit le lion, elle dut obéir et lui asséna un grand coup d’épée lui causant une blessure dangereuse.

Quelques jours plus tard et après que sa blessure fut cicatrisée, le lion appela sa femme, et sur un ton grave et attristé il lui dit :

- Rends toi compte ma chérie, le coup d’épée ne fait vraiment pas de mal puisqu’il guérit par le temps, mais le coup de la langue ne guérit jamais.

Sur ce, il se jeta sur elle et la broya.

 


Par sylvie8454 - Publié dans : 4. - CONTES ET LEGENDES DE TUNISIE
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Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /2008 17:25

extrait d'un conte tunisien,

La cigale voulait se marier. Elle lissa ses ailes, mit ses bijoux et se fit coiffer par sa mère. Puis elle s'installa devant la porte pour attendre un mari.

Un chameau passa qui voulut l'épouser. Mais il était trop gros et ne savait rien faire, sauf : "ron! ra! ron!".

Puis vint un gros boeuf, avec de grandes cornes qui effrayaient la petite cigale, et qui ne savait rien faire sauf:"meuh ! meuh ! ".

Après le boeuf, vint un âne, qui ne savait rien faire, sauf assourdir la petite cigale avec ses : "hi ! han ! hi ! han ! ".

Un coq arriva, étalant sa queue et dressant sa crête. Mais lui aussi ne savait rien faire pour la petite cigale, sauf l'effrayer avec ses : "cocorico ! cocorico !".

Puis vint un petit rat, avec son petit museau pointu, et sa longue queue qui plurent à la petite cigale. Il lui proposa de l'épouser, et lui promit de lui apporter de l'huile, du sucre, de la farine et du miel du Sultan. La cigale lui répondit : "je t'épouserai car ta taille me convient et que tu es le premier à m'apporter du miel...".

Ils se marièrent. Tandis que le rat allait s'approvisionner dans la maison du Sultan, la petite cigale s'occupait du ménage. Un jour, alors qu'elle lavait à la rivière, elle tomba à l'eau et hurla de sa voix stridente :

" Ô rat, bon rat, viens vite ta femme se noie !".

Le rat l'entendit, il choisit une corde solide et accourut. Mais la corde était trop grosse, alors il fit plonger sa queue dans l'eau, que sa femme saisit, ce qui lui permit de la ramener sur le bord. Le rat alluma un grand feu pour sécher sa pauvre cigale, et décida que désormais c'est lui qui ferait seul tous les travaux ménagers.

Et depuis ce jour, le rat furette partout et semble très occupé, tandis que la cigale chante à perdre haleine dans les arbres quand le soleil brille.



Par sylvie8454 - Publié dans : 4. - CONTES ET LEGENDES DE TUNISIE
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